Europa Linka

2 mai, 2009

-Pour les papouètes (2)

Classé dans : Pour les Papouètes — europalinka @ 16:40

En passant par les contrées instables et aigües de la poésie de Jules Laforgue voilà que je rencontre des vers qui disent la modernité avec une vigueur telle que je ne peux m’empêcher de vous en livrer les meilleures étincelles. Ceci fait d’ailleurs écho au récent article de l’ami Balazs sur le style de la modernité.

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Un portrait et un autoportrait de Jules Laforgue tiennent chaud à un homme au chapeau melon de Magritte.  

« Formuler Tout!

En fugues sans fin dire l’Homme!

Être l’âme des arts à zone que veux tu?

Non, rien; délivrez-nous de la Pensée,

Lèpre originelle, ivresse insensée

Radeau du mal et de l’exil;

Ainsi soit-il. »

Vous venez de lire un extrait d’une parodie de Pater Noster intitulée « Complainte propiciatoire à l’inconscient ». Laforgue lit les harmonies du symbolique avec une aisance déconcertante. Les Complaintes offrent un catéchisme halluciné, perdu entre le bouddhisme et Schopenhauer, qui ne se laisse jamais aller au dogmatisme, au renoncement, à l’ascetisme. Bref, ce poète n’accepte jamais de faire lui-même une caricature gratifiante. Il se promène dans l’insupportable et l’indicible et il en ramène des couleurs essentielles  pour rendre la vie moins laide. Bref, il fait son métier de poète avec acharnement, peut-être même avec joie sans jamais se confiner dans l’asile de la pureté. Ah, le brave homme.

Alexandre Duclos

Québec, le 02 mai 2009.

PS: Pour les besoins de la cause, je vous livre quand même le poème in extenso

Complainte propiatoire à l’inconscient

Ô loi, qui êtes parce que vous êtes,
Que votre nom soit la retraite !

-Elles ! ramper vers elles d’adoration ?
Ou que sur leur misère humaine je me vautre ?
Elle m’aime, infiniment ! Non, d’occasion !
Si non moi, ce serait infiniment un autre !

Que votre inconsciente Volonté
Soit faite dans l’Éternité !

-Dans l’orgue qui par déchirements se châtie.
Croupir, des étés, sous les vitraux, en langueur;
Mourir d’un attouchement de l’Eucharistie,
S’entrer un crucifix maigre et nu dans le coeur ?

Que de votre communion nous vienne
Notre sagesse quotidienne !

-Ô croisés de mon sang ! Transporter les cités !
Bénir la Pâque universelle, sans salaires !
Mourir sur la Montagne, et que l’Humanité,
Aux âges d’or sans fin, me porte en scapulaires !

Pardonnez-nous nos offenses, nos cris,
Comme étant d’à jamais écrits !

-Crucifier l’infini dans des toiles comme
Un mouchoir, et qu’on dise: « Oh ! L’idéal s’est tu ! »
Formuler tout ! En fugues sans fin dire l’Homme !
Être l’âme des arts à zones que veux-tu !

Non, rien ; délivrez-nous de la pensée,
Lèpre originelle, ivresse insensée,
  Radeau du mal et de l’exil;
                  Ainsi soit-il.

Jules Laforgue

Les Complaintes est un recueil publié en 1885.

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