Europa Linka

14 mai, 2009

-La véritable police des polices

Classé dans : Bonjour ma colère,Intempestifs,Politique — europalinka @ 23:03

Scoop mondial! La rédaction d’Europalinka vient d’identifier la véritable identité de la police des polices. Ce n’est pas du tout l’IGPN comme on pourrait le croire naïvement. Cette police est tout près de chez vous. Elle est même chez vous. Vous la connaissez mieux que vous ne pourriez le croire. 

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« Le régime de l’opinion sondée et de l’exhibition permanente du réel est aujourd’hui la forme ordinaire de la police dans les sociétés occidentales. La police peut être douce et aimable. Elle n’en reste pas moins le contraire de la politique et il convient de circonscrire ce qui revient à chacune ». 

Dans ces quelques lignes tirées de la Mésentente, le philosophe Jacques Rancière  appelle police la gestion des communautés humaines, cette gestion remplaçant l’affrontement politique. Il faut dans ce cadre entendre la police comme l’ensemble des dispositifs qui contribuent à substituer un principe de gestion à un principe de conflit politique. Dans la Polis grecque, il y a le politique et la police, le conflit et la gestion. La police est le modèle de l’union européenne mais de plus en plus celui des États européens. On gère une crise, une grogne, on pratique la bonne gouvernance en soignant sa communication, les syndicats sont des partenaires sociaux… Pour comprendre l’idéologie de la gestion, on peut se référer au très beau  livre de Vincent de Gaulejac  La société malade de la gestion. L’auteur identifie nettement la contamination de la politique par l’idéal gestionnaire, contamination dont le Kosovo paraît être un cas d’école. Il décrit «la gestion comme idéologie qui légitime une approche instrumentale, utilitariste et comptable des rapports entre l’homme et la société ». La bonne gestion n’est pas de la politique en ce sens qu’elle suspend le conflit politique, elle traite le citoyen comme un consommateur ou comme un agent économique remplaçable et ne valant que par son efficacité propre ou dans les termes de Rancière, elle impose une classification technique ne laissant plus de place au processus de subjectivation. 

Le problème, c’est que les populations refusent d’être purement et simplement gérées. L’être humain ne fonctionne pas et sitôt qu’on lui en donne l’occasion, il dysfonctionne. Une communauté humaine, pour rester cohérente, a besoin d’une identité commune, d’une histoire commune, de valeurs mais aussi et surtout d’une marge d’appropriation de ces éléments. Cette marge, c’est le conflit politique qui l’offre en permettant une perpétuelle renégociation. C’est ce qu’on appelle la dimension agonistique du droit et qui fait que le droit à avoir des droit est un droit à réclamer de nouveau droit (quand je pense que notre civilisation capricieuse est en train d’inventer un droit à être joignable pour assurer à chacun le droit au portable. Il faudrait changer la DDH et écrire tous les humains naissent égaux en droit, en dignité et en téléphone portable). 

Les humains ne veulent pas fonctionner et que fait le fanatique du fonctionnement, de la bonne gestion et du profit maximisé lorsque sa police n’est pas efficace, qu’elle est mal acceptée et qu’il y a des éléments insoumis ou mal soumis ? Il mobilise la police armée, la vraie, en chair et en os, les humains chargés de mater les autres humains au nom de leur confort et de leur sécurité,la police des polices. En France, le résultat est édifiant : 

« Le nombre des gardes à vue en France est en forte augmentation. C’est ce qu’indique l’Observatoire nationa la délinquance (OND) dans un rapport publié mardi 12 mai, qui pointe une hausse de 35,42 % en cinq ans, plus rapide que le nombre de personnes poursuivies en justice (22,56 % durant la même période). D’après ce rapport, 577 816 gardes à vue ont eu lieu en 2008 contre 426 671 en 2003. Une forte hausse, qui concerne également les personnes mises en cause, c’est-à-dire poursuivies en justice, dont le nombre a bondi de 956 423 à 1 172 393. Le rapport souligne, en outre, qu’en 2008, la proportion gardes à vue/mis en cause a été la plus importante (91,19 %) en matière de vols avec violences, et la plus faible dans le domaine des infractions économiques et financières (26,50 %). En matière de résultats, en revanche, l’OND met en exergue une très nette amélioration, affirmant notamment que le taux d’élucidation des atteintes aux biens a progressé de 29,34 %, avec 14,90 % des faits constatés élucidés en 2008, contre 11,52 % en 2003. Pour les atteintes non crapuleuses à l’intégrité physique, ce taux a même atteint 76,80 % en 2008 contre 72,18 % cinq ans auparavant. Les infractions économiques et financières représentent l’unique bémol mis en évidence par le rapport, avec un taux d’élucidation en baisse, de 59,89 % à 51,52 % sur la même période » (extrait du Monde).

Ce lien entre Police (gouvernance) et Police armée est inévitable tant le principe de gestion appliqué aux affaires de la cité constitue une mutilation du droit. La suspension du conflit politique qui en découle prive les citoyens d’un moyen essentiel de faire société, d’élaborer un monde commun, de réactualiser le contrat social, bref d’exister en tant que société et non en tant qu’agglomérat d’éléments efficaces et rentables.  

 

Le prochain qui affirme que la France est de plus en plus un état policier aura parfaitement raison et pourtant, il ne récoltera que des réactions molles. Le motif de la sécurité est devenu une représentation collective étonnante. Elle fait partie intégrante de la gestion des communautés humaines. Le sentiment que les politiques de sécurité suscitent n’est ni tout à fait de la peur, ni tout à fait du renoncement, ni encore du désir. La soumission à cet état de fait semble relever d’une lâcheté ahurie et incrédule. Le pire, c’est qu’il est très peu probable que la sollicitation permanente autour du thème du confort et de la sécurité fasse naître un sentiment de sécurité. Au contraire, elle semble alimenter le sentiment d’insécurité; par conséquent, en insécurisant les peuples, le discours sécuritaire créé sa propre légitimité. Mais si la France est si peu sûre, que n’autorise-t-on le port des armes à feu (les manifestations seraient peut-être plus remarquables), ou bien plus sérieusement, que ne faisons-nous pas un effort pour mieux répartir les richesses, assurer à chacun une égalité de droit au logement, à la santé, à la justice et à l’éducation ? Non, dans la polis moderne, sécurité veut tout bonnement dire soumission au principe de régulation dicté par un gouvernement. La société française actuelle illustre un motif étonnant : il y a un lien direct, manifeste, revendiqué entre la mise au pas de la population par les forces de l’ordre et l’organisation de la maximisation des profits par l’État et la grande bourgeoisie.  Voilà la véritable police des polices.

Alexandre Duclos

Québec, le 14 mai 2009.

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