Europa Linka

24 mai, 2009

-OGM, de la question sanitaire à la crise culturelle.

Classé dans : Et mon courroux coucou,Politique — europalinka @ 23:44

 En faisant de la question des OGM un problème sanitaire, les industriels de l’agriculture ont étrangement remporté une bataille fondamentale. 

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En témoignent ces quelques lignes rapportant les réactions d’agriculteurs Sud-Africains devant le constat d’une défaillance des OGM vendus par Monsanto : « Pour en être certain, Michael de Jager a grimpé sur sa moissonneuse-batteuse. Dans son champ de maïs, près de Bothaville, dans la province rurale du Free State au cœur de l’Afrique du Sud, il a fait deux coupes, à 200 mètres de distance. Résultat : une différence de rendement de 65 %, en défaveur des plants transgéniques. « Regardez, les grains n’ont pas poussé partout », affirme le quadragénaire en arrachant un épi. Sur ses 1 500 hectares plantés en maïs, cet agriculteur, Blanc, en jeans et chemisette à carreaux, en avait semé les trois quarts en organismes génétiquement modifiés (OGM). « L’an prochain, cela sera plutôt 50-50″, prévient-t-il. Au moins 400 céréaliers sud-africains, installés dans les régions du Free State, du North-West et du Mpumalanga, ont vécu une mésaventure similaire. Les équipes de Monsanto sont à pied d’œuvre pour rendre visite aux victimes. Objectifs : les assurer que cela ne se reproduira plus et les dédommager. La facture pourrait s’élever à plus de 10 millions d’euros pour la multinationale. Satisfaits de la réactivité de celle-ci, ces agriculteurs gardent leur foi dans les semences transgéniques. « J’en ai besoin, car même si c’est deux fois plus cher à l’achat, elles me permettent d’augmenter mes rendements de 10 %, d’utiliser moins de pesticides et de main-d’oeuvre, et donc de gagner plus », résume Pottie Potgieter, à la tête d’une ferme de 2 400 hectares. » (Extrait du Monde du 10 mai 2009)

Le propos de Mr Potgieter est superbe. Il n’a donc plus aucun rapport à la terre et de fait plus de relation à l’ordonnancement du monde. Ses motivations sont essentiellement pécuniaires et le principe de précaution sanitaire devient pour lui un enjeu économique que la puissante industrie Monsanto peut corriger ou garantir. Au sens propre du terme, ce monsieur est inculte. Il n’a plus accès à une culture c’est-à-dire à un rapport particulier à l’ordonnancement du monde (si l’on se rapporte à l’origine latine du mot qui désigne d’abord la culture d’un champ puis le culte des divinités locales). En revanche, l’organisation de son profit dépend d’une rationalisation de l’exploitation de ressourcesm industrielles. Il maitrisera la terre avec des engrais et des machines, les insectes avec des OGM,  les variations de la fertilité avec des semis industriels. Il n’aura donc plus affaire qu’à de l’humain et à des contraintes économiques. Ceci implique un bouleversement de la culture de ce monsieur Potgieter. Comment identifier ce bouleversement ?

Le débat sur les OGM devrait passer de la question d’un principe de précaution, de la démonstration scientifique d’un risque technique ou de l’absence de risque à un autre débat, celui sur l’impact de cette pratique sur la définition du monde et de l’humain en cours dans nos sociétés et qui définit la scène de nos actions et de nos échanges. La modification génétique implique essentiellement l’idée d’un humain démiurge, qui ne dépend plus que de lui-même (ce qui est une source de force et de faiblesse). La terre n’est plus nourricière selon un principe naturel et immuable, elle produit sous une impulsion humaine. L’humain croit ainsi prévoir, maîtriser et ne plus dépendre que de lui-même. Simultanément, il n’a plus de relation qu’avec lui-même. Il devient commencement, commandement et fin. On peut à partir de là poser plusieurs questions : est-ce souhaitable ? L’humain est-il encore réellement humain lorsqu’il n’a plus d’autres relations qu’avec lui-même ? Le monde est-il encore un monde lorsqu’il ne surgit dans sa matérialité que comme la conséquence de l’intensification de relations économiques et la modification de paramètres techniques dans ces relations ? Bruno Latour a posé cette question dans des termes assez proches des nôtres : « Que serait un homme sans éléphant, sans plante, sans lion, sans céréale, sans océan, sans ozone, sans plancton, un homme seul, beaucoup plus seul encore que Robinson sur son île ? Moins qu’un homme. Certainement pas un homme »[1].

Comme à l’habitude, je ne cherche pas tant à affirmer qu’à transmettre un questionnement. Doit-on permettre la transformation de l’essence des cultures aux deux sens du terme et nous rendre totalement dépendant des outils de productions de Monsanto (les semis OGM sont stériles) pour augmenter temporairement les gains de quelques entrepreneurs incultes ?

Alexandre Duclos

Québec, le 25 mai 2009.



[1] Cf. « Moderniser ou écologiser ? A la recherche de la septième cité » In Écologie politique, n°13, 1995. 

Un commentaire »

  1. europalinka

    Posté par Héloise

    Je trouve dommage que tu te cantonne à l’aspect réduction de la culture. La culture est une création humaine (dans les deux sens de l’étymologie que tu rappelles d’ailleurs), il y a un autre problème posé par le développement des semences OGM, c’est qu’il réduit à néant le principe de vie (gênes identiques, accouplées dans un laboratoire et surtout stériles). On peut d’ailleurs en dire de même sur les exercices de clonage.

    Ce qui est drôle d’ailleurs c’est que le développement des OGM crée en quelque sorte une autre culture, celle du contrôle de la création, que tu appelles inculture (certainement avec raison).

    Mais au-delà de développer cette « inculture » Monsentos et ses clients sont en train de tuer la vie.
    La question fait alors encore plus froid dans le dos : doit-on, sous prétexte de rendements, développer une forme de culture qui nie les fondements de la vie et de la création terrestre ?

    Commentaire by europalinka — 26 mai, 2009 @ 19:21

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