Europa Linka

9 juin, 2009

-Café Europa

Classé dans : Et mon courroux coucou,Intempestifs — europalinka @ 18:41

Il est rarement fructueux de penser sous le joug de l’indignation. Cette dernière peut cependant donner quelques pistes. Maintenant que le scrutin est clos, il est temps d’en tirer quelques enseignements à proprement parler politique.

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Lorsque l’idée européenne devient une bête affaire de marketing, la mémoire collective se troue.

 

Le premier point qui ne me laisse pas de repos, c’est la sinistre absence de mémoire des peuples européens lorsqu’ils sont convoqués devant les instances européennes. En pleine crise, les Européens ont renforcé la majorité des conservateurs en Europe, qui s’acharnent pourtant à détruire tout l’héritage des politiques qui depuis le New Deal, ont permis à l’Europe de sortir de la crise et de connaître une longue période de prospérité jusqu’au premier choc pétrolier : l’Etat Providence, la sécurité sociale… Par ailleurs, certains partis d’extrême droite font des scores étonnants dans cette élection notamment en Hongrie. Le plus bel exemple d’absence de mémoire c’est le succès électoral, pour les Européennes en France, du parti du « Travailler plus pour gagner plus ». Travail, famille, patrie, Arbeit macht frei (le travail rend libre, ces mots ornait l’entrée des camps de concentration), l’histoire européenne ne manque pourtant pas de ses politiques populistes qui sous prétexte d’augmenter la vertu et l’abnégation de chacun augmentent les profits de quelques uns et rendent obéissantes des masses de travailleurs trop occupées, diverties et paupérisées pour s’unir et lutter pour une société plus juste. Le vieux cheval de trait de La ferme aux animaux d’Orwell disait bien « I will work harder » et son sort aurait pu être pour nous une leçon.

Le deuxième point étonnant, c’est les soixante pour cent d’abstention en France (et en moyenne en Europe ?). Ne savons nous pas, nous Européens, que laisser le pouvoir échapper des mains des institutions démocratiques est une voie dangereuse ? N’avons-nous pas eu assez de Napoléon III, de Mussolini, de Colonels grecs, de Staline, d’Hitler, de Somoza et de dictateurs de tous poils, de tsars, de rois et de tyrans ? Croyons-nous vraiment que la Commission, vexée par tant d’abstention renoncera à l’arbitraire de ses décisions ? A-t-on oublié les guerres, a-t-on oublié l’exploitation et tous les combats qu’il a fallu pour nous donner droit de voter, de contrôler ceux qui nous gouvernent ? Est-ce parce que nous vivons dans une époque matériellement confortable que nous oublions notre identité ? Le parlement européen n’a certes pas de pouvoir réel et peut être devancé par la commission et par les états. C’est cependant aux citoyens européens de lutter pour obtenir le droit d’être représenté. Cette lutte me semble invisible. L’Union Européen n’est qu’un marché commun qui dirige les sociétés jusque dans l’intimité, légiférant sur les pratiques Internet, la qualité du fromage et du lait, les discriminations sexuelles, le racisme, elle a une armée, elle s’en sert, elle contrôle sa monnaie et les citoyens européens renoncent à leur qualité politique ? Le geste est probablement élégant mais reste lourd de conséquences. On créé un pouvoir sans contre-pouvoir et non représentatif. Veut-on le détruire ? Il faut alors s’en donner les moyens et l’entreprise est vaste.

Or, pour une raison obscure, il me semble que toutes discussions, que tous les litiges de politique européenne ont un cadre historique et idéologique précis. Ces débats devraient naturellement revendiquer pour eux-même l’héritage des humanités et des lumières. Sans ce fond commun, le phonème Europe ne désigne rien d’autre qu’une instance de régulation des marchés, aussi influente qu’illégitime.

Quelle place pour l’humanisme dans cette campagne ? Quelle place pour les droits de l’humain ? Quelle place pour la revendication du droit à avoir des droits et à les transformer ? Quelle conscience du rôle historiquement pacificateur des institutions européennes ? Mais si l’Europe a suspendu le conflit armé, elle suspend aussi le conflit politique (voir « De la langue de bois à la langue coupée »). Elle transforme les problèmes politiques en problèmes techniques (Hadopi, Biométrie, puces RFID, normes sanitaires pour l’agriculture, concurrence…). Cette transformation caractérise, selon le sociologue George Balandier, le passage d’une société traditionnelle à une société coloniale. Les sociétés européennes ont trouvé leur maitre dans une petite cohorte de gestionnaire et d’évaluateurs… Qui mieux qu’un Européen peut apprendre, en examinant son histoire, combien un pouvoir sans contre pouvoir est nocif et combien un état colonial ne fait pas société ?

Quelle étrange artificialité des débats. Un royaliste et une communiste peuvent bien s’y affronter sur la répartition des richesses et des statuts, leur discussion pourtant fondamentalement politique ne sera qu’une parodie en ce sens que la question de la légitimité de la représentation et des pouvoirs conférées n’est pas établies ni réellement discutée. La gestion y tient lieu de politique, l’économie y devient le lieutenant du réel, la gouvernance y tient lieu de gouvernement, l’évaluation et l’objectivation y deviennent des arguments. Mais, pour n’être qu’un similacre de communauté politique, l’Europe n’en est pas moins une puissante institution (notamment par le biais de la commission et du conseil).

Que les peuples européens soient lassés du pouvoir européen et souhaitent retourner à une échelle nationale est leur droit. Ils doivent alors se débarrasser de l’excroissance administrative qui les dirige au niveau européen, ou la reprendre en charge.

De tous ces oublis, de toute cette inconscience, je déduis un point vexant : notre faiblesse culturelle, civilisationnelle. Nous ne connaissons plus guère notre histoire, notre culture politique et nous ne sommes plus responsable. L’Europe est une idée mais celle-ci a changé de nom, de continent et peut-être de siècle. Dans le fond, tant mieux, cela nous donne l’opportunité de faire œuvre de création ou de réappropriation.

Excusez-moi, je me suis encore indigné…La prochaine fois, je vous chanterai la fraicheur de la rose et la joie enfantine des êtres insouciants et heureux. Promis.

Alexandre Duclos,
Paris, le 09 juin 2009.

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