Europa Linka

22 juin, 2009

-Méditations iraniennes.

Classé dans : Intempestifs,Politique — europalinka @ 14:22

Comme il est difficile de disserter sur ce que l’on ignore. Comme il est pénible d’écouter des discours emprunts de la même ignorance et qui pourtant affirment, s’indignent, commentent… L’Iran vit aujourd’hui une crise politique qui invite à penser. Essayons…

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Cyrus est ici entouré d’illustrations russes et safavides qui rappellent adéquatement la longue fréquentation des cultures russes et iraniennes.

L’Iran est un pays immense, plus peuplé que la France et qui, par sa superficie, lui est près de trois fois supérieur. On y parle le persan (farsi), mais il existe des minorités arabophones, turcophones, ou d’autres encore parlant arménien, tadjik, turkmène… Frontalier de l’Arménie, de l’Azerbaïdjan aussi bien que de l’Irak (…), l’Iran constitue un point de jonction entre l’Orient et l’Occident et ce depuis des siècles, depuis par exemple que des empires perses ont importé un modèle politique des rives de l’Hindus à Alexandrie en passant par la Grèce ou la Crimée. Ce lien que l’on fait un peu trop facilement peut-être entre les différents empires perses (mèdes, sassanides, seldjoukides, safavides…) a pourtant quelques fondements. Le principal lien qu’un inculte comme votre serviteur peut tracer entre l’Empire de Darius (Pendant la dynastie Achéménides 550-330 avant JC) et l’Iran actuel se résume en un point qui nous intéresse aujourd’hui, la théocratie. En effet, les Rois des Rois achéménides avaient cette particularité d’être des moines-soldats ou plus précisément des prêtres- conquérants, représentants sur terre d’Ahura-Mazda et assurant leur pouvoir sur la noblesse mais aussi et surtout sur un clergé d’Etat.

Théocratie, qu’est-ce à dire ? Une république islamique a été instaurée en Iran, suite à un référendum le premier avril 1979. Cet Etat est fondé sur un partage des pouvoirs entre un pouvoir représentatif et un pouvoir religieux. Le peuple élit un président (parmi des candidats approuvés par le clergé) et les membres d’un parlement au sein duquel seront choisis les membres du gouvernement, ainsi qu‘une assemblée des experts constituée de 86 mollahs. Ces institutions élues sont contrôlées directement ou indirectement par des institutions non-élues : Guide de la révolution, chef des forces armées, chef du pouvoir judiciaire, conseil de discernement, conseil des gardiens. Ces dernières institutions se veulent gardiennes d’une révolution islamique qui a vocation à présider aux destinées de l’Iran mais qui peut tout aussi bien s’exporter. On pourrait définir sobrement les principes de cette révolution comme une insubordination à l’ « Impérialisme américain » allié à un respect des principes de l’Islam chiite auquel il faut ajouter quelque chose comme un principe de redistribution.

L’Iran présente une réalité trop complexe pour être brossée en quelques lignes. C’est un Etat pour le moins autoritaire mais il y existe des oppositions. La population y jouit d’un haut niveau d’éducation. Les propos de l’actuel président ne reflètent pas la réalité de la cohabitation des religions à l’intérieur des frontières iraniennes. Bref, pour décrire, le pays, la rédaction lance par ma plume un appel à contribution à quiconque connait le pays de l’intérieur.

Cependant, dès maintenant, je peux me lancer dans une réflexion sur ce qu’est une théocratie. C’est un état dans lequel le prêtre et le roi ne sont pas séparé. Historiquement, c’est ce contre quoi toute la tradition politique occidentale s’est construite. Plus précisément, c’est pour détruire ce type de pouvoir qu’a été créée la rhétorique.

La théocratie est un système dans lequel le pouvoir possède une légitimité charismatique et traditionnelle à l’exclusion de toute légitimité rationnelle. On ne pourra lui demander des comptes que s’il s’effondre ou s’il se trahit lui-même en évoluant. On ne peut exiger de lui une convocation devant le sens commun, son autorité et ses choix relevant d’un sens divin. Il n’a donc pas besoin du peuple pour organiser la vie politique et le droit à avoir des droits dans une théocratie est un droit à recevoir les avis du collège de savants éclairés qui sont capables de lire la parole de dieu et ses oracles. Ce qui est toujours intéressant dans le cas iranien, c’est que ce pouvoir fusionnant le prêtre et le prince s’incarne certes dans un pantin présidentiel mais existe dans un exercice collégial du pouvoir qui fait toute la complexité de la situation iranienne actuelle.

Lorsqu’au septième siècle avant JC, les législateurs grecs ont créé la rhétorique et l’ont imposé dans la cité, ils créaient la démocratie en ce sens que chaque citoyen fut habilité à demander des comptes, créant une langue publique non transcendantale, non religieuse, non abstraite. Il ne pouvait plus y avoir de « guides » mais seulement des représentants ou des répondants (élus ou non).

Je n’aime partir du principe que la démocratie est le meilleur système possible. Cependant, lorsque des Iraniens manifestent après une spoliation électorale, ils réclament très précisément une habilitation à la démocratie. Ils ne manifestent pas nécessairement contre la révolution islamique mais contre le type de légitimité des ordres du pouvoir en place. Ils réclament le droit de réclamer des droits, au péril de leur vie comme l‘ont montré ces derniers jours. Ils réclament la parole… Mon humble soutien et mes espoirs les accompagnent donc.

On notera que le pouvoir des « Guides » ressemble bien souvent à celui des « Experts » et que le combat d’appropriation de la chose publique doit être renouvelé, vivant en chacun et dans chaque pays.

 Alexandre Duclos

Paris, le 22 juin 2009.

PS: Quant à ceux qui croient qu’il se passe quelque chose aujourd’hui à Versailles, ils ont les yeux trop près de la médiocrité ambitieuse et nocive.  

2 commentaires »

  1. Anahita Grisoni

    Tu prends les devants à ce que je vois. Jamais les Macédoniens n’auront été aussi gents envers leur ennemi légendaire. Allons-nous, cher devin, vers une réconciliation entre les vestiges de nos poussiéreuses civilisations?

    Commentaire by Anahita Grisoni — 22 juin, 2009 @ 15:23

  2. europalinka

    Vous vous adressez, chère future amie, à un Grec de Constantinople ce qui constitue
    déjà une début de rapprochement. Mais si votre part militante consent à augmenter mes
    pauvres commentaires de quelques connaissances réelles ou de quelques propos militants
    alors le rapprochement diplomatique macédo-iranien sera définitivement engagé.
    Historiquement d’ailleurs, peu de Grecs ont, plus qu’Alexandre, assimilé tant d’éléments
    de la culture mède.

    Salut et joie

    Alexandre, l’autre, le petit.

    Commentaire by europalinka — 22 juin, 2009 @ 16:01

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