Europa Linka

29 juin, 2009

-Travailler plus pour gagner rien.

Classé dans : Bonjour ma colère,Intempestifs — europalinka @ 13:36

« Crise oblige », on redécouvre certains penchants du capitalisme et plus précisément de la soif de profit d’une part, et de la propriété bourgeoise des moyens de production de l’autre. Dernière renaissance en date, le travail gratuit.

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Le patron de British Airways a récemment demandé à ses employés de travailler gratuitement tout le mois de juillet afin de permettre à l’entreprise de mieux passer la crise. Riche idée et idée de riche. Marx considérait le travail salarié comme une aliénation : vendant sa force productive et non le produit de son travail, le travailleur ne transforme plus directement la nature et cesse de se construire par le travail. Ainsi, il devient étranger à lui-même et perd une partie de son humanité. Mais que dirait le cher barbu du travailleur ou de la travailleuse qui offre sa force de travail ? Est-ce la un de ces dons apparement libres et gratuits en réalité intéressés et obligatoires dont parle Mauss dans l’Essai sur le Don? Ce don sera-t’il compensé par un contre-don? Est-ce un don absurde, un sacrifice, un effort de bonne volonté ? La qualification de cette offrande est profondément idéologique en ce sens qu’elle changera selon que l’on possède l’usine ou que l’on y travaille. Le Figaro du 19 juin rapportant la tentative de British Airways déplore le fait que les syndicats en France sont trop rétifs à ce genre de pratique, forçant ainsi les pauvres actionnaires à licencier pour préserver leurs marges. La pratique serait courante chez les anglo-saxons. Amour et joie! Vive l’exploitation innovante du prochain.

 

 

 

On ne peut guère parler d’esclavage dans ce cas puisque l’exploitation gratuite procède d’un appel aux bonnes volontés. On peut simplement parler d’un recours à la servitude volontaire. On redemande brutalement aux ouvriers d’aimer leur entreprise, leur emploi et leur travail au point d’y sacrifier leur moyen de survivre. Le néo-libéralisme expliquait pourtant et explique encore qu’un agent économique doit être flexible, s’adapter aux nécessités du marché de l’emploi et du marché tout court… On fait appel à la personne sensible après en avoir fait du stock humain par le biais des charmants departements de ressources humaines.

 

 

 

Dans ce cas là, comme dans le cas de l’emprunt national qui fera l’objet d’une intense propagande dans les jours qui viennent, les dirigeants libéraux se tournent vers l’individu sensible pour récupérer des fonds. Ces demandes sont monstrueusement politiques. Elles sont en réalité une demande de plébiscite. On demande le consentement et une validation pour un système d’exploitation, tout en agitant la menace de l’effondrement généralisé en cas de refus de l’offre. De mon point de vue, il s’agit d’une caricature de l’activité capitaliste moderne. Je considère la frénésie des agents économique consommant et consumant le monde dans un flux ininterrompu et désordonné de capitaux comme un état de transe collective. Cette transe peut-être vue comme ce que Duvignaud appelle le Don du rien, cadeau absurde à l’improbable que l’humain offre à son histoire. Dans cette transe collective, la terre perd sa matérialité, les ordres sociaux perdent leur importance, la vie même s’y trouve mise entre parenthèse. Voilà très précisément ce que l’on demande aux travailleurs et aux travailleuses de British Airways. Messieurs, Mesdames voulez vous bien pour instant sacrifier vos vies sur l’autel d’un fonctionnement qui dysfonctionne parce que la poursuite de ce qui s’effondre est ce qui doit nous rassembler. Que la transe, la fête et le délire fassent partie du quotidien ou du moins de la vie est nécessaire et jouissif. Que le règne de l’absurde soit le prétexte d’une nouvelle forme d’esclavage volontaire, voilà qui doit être combattu. Et pour combattre, il faut toujours reconnaitre son ennemi. Ce travail de reconnaissance comme probablement par un effort de vocabulaire et d’analyse. Démasquer la novlangue et décomposer les dispositifs de manipulation.

 

 

 

Bon appétit,

 

 

 

Alexandre Duclos,

 

Paris, le 29 juin 2009

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