Europa Linka

11 juillet, 2009

-Recension du mois de juillet

Classé dans : Archives — europalinka @ 17:15

L’œuvre d’art à l’heure de sa reproductibilité technique,

Walter Benjamin (publié pour la première fois en 1935).

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Ô l’étrange ouvrage. Il commence de la manière la plus appétissante qui soit, il s’achève dans des éclats d’intelligence marquants. Entre cette entame et ce final, le texte de Benjamin est intensément contestable. Cette œuvre cherche à tirer des enseignements de la transformation radicale du champ artistique créée par les nouvelles formes de reproduction technique (lithographie, photographie, cinéma, disque…). Son hypothèse de départ est que la reproductibilité fait perdre à l’œuvre d’art sa valeur cultuelle. Ainsi, à l’œuvre d’art unique, recélant un peu de la divinité ou une part du génie unique de l’auteur, on vouait un culte particulier qui disparaitrait dès lors que l’œuvre est indéfiniment reproductible.

 

 

 

L’exemple le plus parlant de cette transformation est la différence de nature entre les métiers de comédien et d’acteur de cinéma. Le comédien livre une performance  à chaque fois différente, mettant son corps en son âme en jeu à chaque représentation quand l’acteur joue sans relation directe avec le public avant que la machine ne corrige sa présence et l’offre aux spectateurs. La différence existe mais est-elle si marquée historiquement ? N’y-a-t’il pas toujours existé simultanément un art sacré et un art profane, un art mettant en relation avec le divin et le génial et un art tout simplement distrayant ?

 

 

 

Par ailleurs, il existe dans la reproductibilité un aspect sacré ou magique. Les livres présentant des reproductions d’œuvres d’art parfaites, parfaitement lisses, par la magie de la copie ont une aura particulière. La technique met les œuvres à notre disposition, presque sans effort, mais si l’objet reproduit est anodin,  il procède d’une énigme qui englobe à la fois le miracle de la reproduction et la totalité des regards qui pourront se poser dessus. Mais enfin peu importe la bataille de chiffonniers que l’on ne manquera pas d’engager avec Benjamin, les deux conclusions qu’il tire de son cheminement méritent que l’on s’y arrête.

 

 

 

Le fascisme passe par une esthétisation de la politique et une esthétisation de la guerre. Le communisme passe par une politisation de l’art. Il ne faut pas comprendre naïvement cette distinction. Les régimes soviétiques ont aussi glorifié le peuple par les arts, ou produit des esthétisations de la guerre. Mais dans un régime communiste, il existe cette idée que tout geste artistique a une valeur politique, que chaque talent doit être utile (Milosz dans la pensée captive indique bien qu’aucun poète n’était laissé sans travail pourvu qu’il serve la cause du réalisme critique ou du réalisme socialiste). Ce point est intéressant mais la première proposition est bien plus intéressante pour nos sociétés. Combien de films à la gloire de la guerre sortent chaque année en Occident (300, Troyes, Le Seigneur des Anneaux, La Guerre des étoiles, Il faut sauver le soldat Ryan, Arthur…). Par ailleurs, ne vit-on pas aujourd’hui en France sous un régime qui organise la politique comme un spectacle grand public ? Benjamin nous dit que les régimes fascistes organisent cette esthétisation de la politique pour faire croire au peuple qu’il participe du pouvoir sans modifier le rapport de production (en restant dans un état capitaliste où une grande bourgeoisie peut accaparer l’essentiel des profits). Tout ceci donne à réfléchir. Peut-être un peu trop. Au lieu de faire l’apologie de la guerre ou de nous en gargariser en gardant le petit doigt en l’air « lançons de toutes nos forces les vols de colombes contre les balles », comme disait Picasso dans Le désir attrapé par la queue.

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