Europa Linka

24 juillet, 2009

-Les voix de l’opinion

Classé dans : Et mon courroux coucou,Politique — europalinka @ 18:10

Un microscopique scandale est maladroitement étouffé ces jours-ci. Des sondages commandés par l’Elysée auraient servi au Figaro et à LCI. Opinion way qui les a produits est dirigée par un proche du président. Ils ont été commandés sans appels d’offre. Voilà une brindille qui cache une forêt : la dilution de la citoyenneté. Petit détour sur une nouvelle forme de mise au pas.

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Perception des avantages , conséquences et amateur des programmes de fidélisation

Si le personnel politique était composé uniquement d’escrocs ou s’il arrivait que l’on en prenne un la main dans le pot de confiture (ce qui arrive régulièrement), on peut s’en moquer comme d’une guigne. L’appétit pour la richesse comme l’appétit pour la gloire peuvent être les vilains défauts de ceux qui cherchent le pouvoir et la victoire de leur idée. La malhonnêteté peut par ailleurs accompagner de bonnes intentions. Cela n’a rien d’étonnant, relève d’un faible degré de nocivité et par ailleurs, nous possédons déjà l’arme adéquate pour corrompre la corruption : la justice. La corruption est irritante, illégale, médiocre mais humaine et peut être contenue dans des limites raisonnables par la morale, l’éducation, l’idée d’un bien commun, et surtout par la justice.

 

 

 

Hélas, cette histoire de manipulation des sondages cache ou révèle comme en négatif un problème bien plus grave. Lorsque l’on sollicite un sondage, on sollicite l’opinion des gens, pas leur vote. On cherche à sonder un mouvement, une tranche de la population, une idée en lançant un « ballon d’essai » dans le jargon politicien. C’est une manière indirecte de demander son avis au peuple. Or une opinion ou un avis ne sont pas un vote. L’Elysée, en gouvernant au gré des sondages nie jusqu’à l’existence d’un électorat au sens noble du terme. Il y a là au moins deux problèmes. D’une part, l’opinion est changeante, d’autre part, on répond à un sondage d’une manière moins concernée qu’à un vote. Un sondage n’engage aucune responsabilité, ni du côté du politicien qui ne prend pas le risque du vote, ni du côté du répondant qui ne prend pas le risque de l’acte.

 

 

 

Dans une telle pratique l’état se comporte comme un service après-vente, fidélisant une clientèle. On ne peut pas revendiquer ses droits en répondant à un sondage. Ce dernier servira pourtant ‘argument décisif dans les discussions politiques. Il existe un pays dans lequel une administration internationale s’est essayée à la gouvernance pure. Ses seuls contacts avec la population étant les sondages et les statistiques. Il en a découlé une dissolution complète du statut de citoyens et l’accentuation de la division de ce pays, en l’occurrence le Kosovo.  La Mission Intérimaire des Nations Unies au Kosovo ne considèrait le Kosovo ni comme une colonie, ni comme un protectorat ni même encore comme une zone stratégique susceptible de lui fournir des avantages économiques, politiques ou militaires. Il y a en revanche une absence de lien évidente entre cette mission dépositaire d’un pouvoir et le peuple kosovar. Celui-ci ne dispose d’aucune citoyenneté ; ses doléances ne sont pas considérées sérieusement[1] ; il n’est pas considéré par les administrateurs sur un pied d’égalité. En témoigne le désarroi de l’Ombudperson, M. Nowitzki, exaspéré par le peu d’impact des doléances qu’il était chargé de recueillir sur les actions de la MINUK lorsqu’il quitta son poste au premier janvier 2006. Cette institution a développé des antennes dans tout le pays et recueille les plaintes de toutes les communautés. Elle produit des sondages améliorés à l’échelle nationale et en continu. Elle sert d’œil et d’oreille à la MINUK, mais elle fonctionne presque à sens unique. Ainsi, après six ans passés à la tête de cette institution, le médiateur confiait son écœurement et son sentiment de n’être pas entendu (Cf. Fifth annual report, Ombudsperson Institution in Kosovo). Une telle institution permet d’exprimer des goûts, des choix, des opinions mais absolument pas d’agir politiquement. Au contraire, elle efface l’acteur au profit de quelque chose comme un consommateur.

 

 

 

Voilà pourquoi on peut affirmer que la multiplication des sondages dans la pratique politique relève d’une destruction du statut de citoyen, d’un rapt de pouvoir. Par ailleurs, cette pratique au lieu de rapprocher l’état du peuple l’en éloigne un peu plus. En effet, on ne peut réellement fonder des décisions sur des sondages et on ne répond pas comme citoyen à une enquête d’opinion. L’état fidélise ses clients mais s’éloigne de son interlocuteur naturel qu’est le citoyen. 

 

  

 

Alexandre Duclos

 

Malaucène, 24 juillet 2009.

 

 

 


 

[1] Cf. Fifth annual report, Ombudsperson Institution in Kosovo).

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