Europa Linka

4 août, 2009

-La discrète besogne

Classé dans : Bonjour ma colère — europalinka @ 12:36

Comme il est difficile de s’en tenir à une rigueur hebdomadaire dans la production d’un blog pendant la douce période estival, prenons un marronnier de circonstance et faisons lui un sort. Les Français travaillent trop, il faut que cela cesse !

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Selon une récente étude de l’INSEE publiée en juillet 2009, la durée effective du travail à temps complet a augmenté, passant de 1 635 heures par an en 2003 à 1 680 heures en 2007. La semaine habituelle de travail salarié à temps complet est passé au cours de cette période de 39 h 7 réparties sur cinq jours à 39 h 24.Par le chien, moi croyait que notre peuple, par manque d’abnégation et par l’effet d’une prétendue flemme institutionnelle travaillait trente-cinq heure par semaine… Voilà qui est très surprenant ! Pour être plus sérieux, la tendance est intéressante tant il n’y rien qui justifie une quelconque augmentation de la durée du travail et ce pour au moins deux raisons.

D’une part, une augmentation de la durée du travail ne peut se justifier politiquement que dans une situation dans laquelle le chômage se limite au chômage dit structurel (personnes passant d’un emploi à l’autre). L’augmentation de la durée du temps de travail signifie immédiatement un partage plus faible des emplois, des revenus et des statuts (prestiges) qui en découlent. Si chaque individu peut faire plus, cette part supplémentaire de travail pourrait ou devrait être assumée par un autre individu. Si l’augmentation de la durée réelle du travail peut ou non s’accompagner d’une augmentation de la productivité du travailleur et surtout d’une plus grande rentabilité, l’augmentation du temps de travail réduit le seuil de rentabilité marginale, c’est-à-dire le seuil à partir duquel il n’est plus rentable ou plus efficace d’embaucher un dernier salarié. Evidemment, dans un cadre néo-libéral, l’organisation du marché du travail n’a pas pour vocation d’assurer un équilibre social ou de réduire les inégalités. On doit le laisser faire jusqu’à ce que, l’offre s’accordant à la demande, il produise une situation pareto-optimale. Par conséquent, s’il est rentable et possible de faire travailler de plus en plus une part de plus en plus faible de la population, rien ne s’y opposera, l’état étant chargé de faire taire les éventuels contestataires et autres mécontents. De mon point de vue, la monnaie comme les marchandises n’ont de valeur que sociale. Le fonctionnement du marché n’est rendu possible que parce qu’un grand nombre d’acteur sont prêts à en accepter les règles et les symboles. En d’autres termes, le système d’exploitation n’existe que par le consentement collectif de ceux qui sont exploités et l’on peut exiger de lui, au minimum, qu’en son principe, il ne soit pas voué à la création d’inégalité et d’exclusion, de fragmentation de la communauté. L’augmentation du temps de travail dans une période de chômage signifie que la propriété de production est un tout petit plus discriminante encore qu’à l’accoutumée. Mais il y a pire.

A-t-on réellement besoin de produire plus ? Une population mondiale croissante doit-elle en plus s’accabler d’une augmentation de la production par tête ? Certes, travailler plus ne signifie pas forcément produire plus et encore moins gagner plus mais c’est du moins ce qui est visé. Une telle visée élimine par avance toute tentative de décroissance mais encore tout ce que, dans une hypocrisie impuissante, on persiste à appeler développement durable. Un développement durable[1] permettrait de conserver à la fois le mode production capitaliste et son mode de distribution des richesses inégalitaire sans produire son autodestruction.

« Il y a de l’hypocrisie dans la notion de développement soutenable voire durable. C’est bien pourquoi elle semble si allègrement convenir aujourd’hui à tous les esprits, de droite comme de gauche, même à ceux qui s’en réclament comme d’un vœu pieux pour en faire leur commerce ou leurs profits. Il suffit, en effet, de voir ce que la formule dénonce -l’idée d’un développement non durable ou non soutenable – pour en percevoir toutes les contradictions[2]».

Une telle perspective ne supporterait pourtant en aucune façon l’augmentation du temps de travail individuel. Tout simplement par ce que la terre est un espace limité et que la croissance de la population humaine et de l’activité humaine ne le sont pas. Il se peut que le travail, toujours à la fois production de bien et de service, relation avec la nature, avec l’autre et occasion de réalisation de soi, soit en réalité un bien commun dont le partage permette de restaurer une part d’identité en chacun. Il est donc irritant au plus haut point de voir la durée moyenne de travail reprendre son cours d’augmentation quelques temps abandonné. Quand nous travaillerons tous plus longtemps, à l’échelle de la semaine comme à celle de la vie, en produisant plus, en frétillant plus, en connaissant moins le monde que nous habitons et notre humanité, alors nous apprendrons ce que c’est de vivre sans vivre, ce que c’est que de survivre sans être menacé par autre chose que par sa propre folie.

 

L’étude de l’Insee précise que près d’une femme salariée sur trois travaille à temps partiel, contre moins de 5 % des hommes, 38 % d’entre elles déclarant l’être principalement pour s’occuper des enfants ou d’un autre membre de la famille. Que voilà une excellente démarche : que les hommes rejoignent donc leurs femmes et leurs enfants pour aller se promener par çi par là et le travail sera mieux partagé.

 

Alexandre Duclos

 

Paris, le 04 aout 2009.

 

 


 

[1]Le développement durable postule théoriquement qu’un développement à long terme n’est viable qu’en conciliant trois aspects indissociables : le respect de l’environnement, l’équité sociale, la rentabilité économique.

 

[2] Jean Paul Deléage Croissance, emploi et développement.

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