Europa Linka

10 septembre, 2009

-Des politiques de la Nature

Classé dans : Politique — europalinka @ 11:39

La notion de fiscalité écologique n’est pas inintéressante mais elle pose problème. S’agit-il de la reconstitution d’un nouveau bien commun autour de la production de l’environnement ou d’une nouvelle gabegie politique ? La Nature ne devient-elle pas cet espèce de gadget encagé à qui l’on fait dire n’importe quoi, à qui l’on fait répéter nos propres paroles ?

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Il se joue ces derniers jours une comédie distrayante dans le microcosme politique français autour de la Taxe Carbone. Mme Duflot, patronne des verts, après avoir pris la défense de la Taxe Carbone crie à la trahison, à la gabegie tandis que Martine Aubry, secrétaire générale du PS, après avoir critiqué dans la taxe carbone un impôt injuste se félicite de ce que le gouvernement s’inspire des idées du PS. Pendant ce temps, le gouvernement et surtout le président prennent de postures héroïques, comme s’il s’agissait d’un enjeu grave, d’un impératif moral décisif, d’un combat risqué et magnifique. Comme s’il fallait terrasser des dragons pour apprivoiser les Français avec cette idée de taxe écologique. Cette intense activité de communication masque quelques évidences et quelques problèmes irrésolus.

D’une part, on peut taxer sans problème majeur (c’est déjà le cas au Québec) les producteurs et les vendeurs de produits polluants. Ainsi, on pourrait, tout en régulant le prix de l’essence, taxer lourdement les compagnies pétrolières qui vendent leurs produit en France. On pourrait encore taxer tous les profits réalisés sur la pollution : la délocalisation d’une production devrait être surimposée, rendant opportune la relocalisation. L’angle développé par le gouvernement en France se veut juste en ce sens que par un embrouillamini fiscal, ce qui sera taxé sur les pratiques non-écologiques sera reversé aux premières tranches de salariés imposables. Le principe est le suivant :  nous taxons les pratiques nocives à la cité, nous corrigeons les inégalités grâce à cet argent. Si ce principe était appliqué à la lettre ce dont il est permis de douter violemment, alors on ne pourrait guère le critiquer. Il refonderait un bien commun, la protection de l’environnement commun protègerait la prospérité commune (à ceci près que seule la moitié la plus fortunée des Français paye des impôts). Il existe déjà  un système similaire en Suède où une « taxe carbone » est appliquée avec une bien plus grande sévérité (plus de 27 euros par tonne de CO2 contre 17 envisagés en France -en 2006, les écotaxes représentaient 2,7% du PIB suédois et un peu plus de 8% de la charge fiscale totale du pays, soit près de 7,7 milliards d’euros-). Rien de nouveau sous le soleil (on trouve des mesures similaires en Allemagne, en Finlande, en Nouvelle Zélande) malgré toutes les rodomontades gouvernementales. Mais enfin, c’est un effort.

Des politiques de la Nature doivent-elles passer par l’impôt ? L’argent est un moyen de dissuasion particulièrement peu politique. On dissuade les gens de commettre des crimes en enseignant une morale basique et en prévoyant un système de punition (institutions judiciaires et pénitentiaires). Ainsi, on ne donne pas une amende à un violeur, un meurtrier ou un opposant politique. L’amende semble être la prérogative d’une justice corrective ou administrative qui régule et normalise l’activité plutôt que de la discriminer.On pourrait imaginer que la protection de l’environnement procède d’une action de l’état et non d’une forme de répression. L’état qui se fait police et non plus acteur, sans compter que cette police vise immédiatement des opérations de communication plutôt qu’un bien commun. L’état pourrait par exemple construire une réseau de ferroutage, interdire les OGMs, mettre fin à la pêche industrielle en fournissant un effort pour recréer des formes traditionnelles ou plus écologiques de pêche, transformer (ou encourager la transformation) les modes d’élevages, créer une entreprise nationale de production de voitures électriques…

En réalité, tout ce dispositif de taxe relève d’une normalisation de la pollution et d’une appropriation de cette contrainte. Dès lors que je peux payer pour compenser mon activité polluante, alors cette dernière devient presque utile collectivement, elle trouve une place dans l’écologie sociale. On peut désormais acheter la destruction de la nature et construire une telle relation procède déjà d’une destruction de la Nature. De la même manière que je peux payer une autre personne pour avoir des relations sexuelles, pour lui imposer toutes mes lubies et les derniers outrages, de même, je peux maintenant m’acquiter d’un dole qui m’autorisera à souiller la nature.

Mais il y a un jeu symbolique intéressant. Chacun devient redevable devant la société de sa relation avec la Nature. Même si cette dernière n’est plus qu’un environnement social. Cependant, la société reprend conscience qu’elle est dépositaire du monde commun, de la scène sociale élaborée localement. Mais dans ce rapprochement, dans l’élaboration de ce sentiment de responsabilité collective, le statut de la Nature se trouve redéfini. Est-ce un espace rempli de girafes, d’okapis, d’ours blancs et de lémures, de courants marins étranges, de typhons incontrôlables, de marées lunaires, un musée océanographique et terrestre, ou bien tout simplement  une société industrielle capable de supporter et de reconsommer ses propres déjections ?

La nature semble devenir une jauge de notre culpabilité, un miroir qui nous sert à accuser ou à flatter, un objet qui ne nous rappelle plus rien d’autre que nous-mêmes. Pour moi, la nature de la taxe carbone, c’est un perroquet en cage qui nous répètera « Vous êtes gentil, vous êtes gentils, vous êtes gentil. » La taxe carbone transforme le principe de l’action. On agira écologiquement pour ne pas payer une taxe, taxe qui vise des objectifs chiffrés de réduction des émissions de gaz carbonique, afin d’atteindre les objectifs de Kyoto ou de revendre des crédits carbone sur les marchés carbones. Cette forme travestie d’écologie politique traduit l’assimilation définitive de l’écologie à l’activité capitalistique. Elle nous maintient dans ce jeu d’impuissance. Quand l’état français en 1905 décida de séparer l’Eglise de l’Etat, on n’ a pas créé une taxe anti ensiegnement bigot. On a séparé l’église et l’état. L’enjeu écologique devrait éviter le mélange de l’argent et du naturel et si ce détour doit être pris, ce devrait être sous la forme d’incitation à des pratiques nouvelles et non par la rentabilisation de la pratique illicite. Sinon, pourquoi ne pas créer un impôt sur le vol, un prix marchand pour le meurtre. Acheter la possibilité de nuire au bien commun, n’est-ce pas la définition de la corruption ? Acheter sa relation à la nature, n’est ce pas la définition de la pollution ?

Alexandre Duclos,

Paris, le 10 septembre 2009.

Un commentaire »

  1. Noel

    Très intéressant. Comment imaginer aujourd’hui d’autres relations à la nature que ces systèmes destinés à nous assurer une maîtrise sur notre environnement? Nous sommes pétris d’angoisse, plus que jamais sans doute. Les discours politiques ne cessent de nous culpabiliser dans des injonctions à l’urgence. Mais ce n’est pas le plus grave, parce qu’en fin de compte, je ne suis pas sûr que ces discours parviennent profondément à nous ébranler. En vérité, notre angoisse est plus existentielle : nous n’avons jamais senti aussi fort la vacuité de notre existence. Aujourd’hui, tout parait possible. D’un clic, nous nous entourons d’une myriade d’être humains, nous accumulons les biens matériels ou immatériels… Le fossé n’a jamais été aussi immense entre nos acquisitions et nos compétences. Nous avons tout à portée de la main. Mais nous ne sommes rien. Qui sommes-nous? Des enfants de Mère Nature. Les fruits d’une énigme insondable : l’ensemble des possibles de l’humanité, dont nous sentons plus que jamais la présence et la diversité avec intensité, au point de nous oublier. C’est pourquoi nous avons tant besoin de revenir au contrôle, de recourir à des règles toujours plus contraignantes, jusqu’à l’absurde, peu importe. L’essentiel étant de fuir cette insupportable liberté qui nous rappelle à notre Néant.

    Commentaire by Noel — 10 septembre, 2009 @ 23:45

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