Europa Linka

14 septembre, 2009

-Racisme et petits profits

Classé dans : Bonjour ma colère,Politique — europalinka @ 13:51

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Quel enseignement tirer de cette récente controverse autour des propos de Brice Hortefeux à l’Université d’été 2009 de l’UMP ? Pour l’essentiel, nous ne savons plus suffisamment penser politiquement.

Nous avons entendu des remarques sur la liberté la presse. Certes, Public Sénat, la chaîne publique qui a filmé cette insulte a mis une semaine à diffuser ces images, estimant que cela n’en valait pas la peine. Les remarques bêtes de Jean François Copé sur l’illégitimité des vidéos volées et diffusées sur Internet n’avaient d’autre but que de gagner du temps pour étouffer les commentaires à coup de grandes déclarations sur un Hortefeux, ministre de l’intérieur humaniste et gentil. Dans l’ensemble, une certaine presse a fait son travail, et nous avons à notre disposition, nous citoyens lambda, les preuves nécessaires pour accabler l’accusé. Nous avons la preuve du propos ouvertement xénophobe. Or, il se trouve que, dans notre pays, l’expression du racisme et de la xénophobie ne relèvent pas du régime de l’opinion mais du délit. La presse –internet compris- a fait son travail et s’il y a une lacune dans cette affaire, c’est une lacune de justice.

 

Jean Marie Le Pen a déclaré qu’une nouvelle « censure anti raciste » était née, insupportable complot auquel Hortefeux aurait participé, bien attrapé le bougre, en virant le préfet Giraud de Langlade pour remarque xénophobe dans un aéroport. Le Pen, dans sa haine et son ignominie, a un peu raison. Contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays, nous ne tolérons pas en France la classification raciale. Par ailleurs, si un sénateur américain affirmait publiquement qu’il y a trop d’hispaniques ou trop de noirs, il serait tout autant justiciable dans son pays que Mr Hortefeux devrait l’être en France. On notera au passage la violente réaction d’un éditorialiste du New York Times à la discussion en France de l’instauration de tests ADN pour réguler l’immigration (dans l’édition du 21 octobre 2007). Les mots sont durs: « Immigration issues bring out the worst instincts in politicians who should know better”. Mais plus loin, le ton se fait plus grave et plus décisif : « Mr. Sarkozy wants to be seen as a statesman. He should act like one.Très clairement, toute approche raciale, ou raciste ne peut être digne d’un homme d’État. Ce dernier doit se situer parfaitement au-dessus de telles perceptions. Un homme d’État doit considérer les races comme de pures données statistiques. Bien que préferant la formule française de la criminalisation de l’approche raciste,je devais fournir ces précisions.

 

Ce qui me chiffonne dans cette affaire, c’est que l’on ne remarque pas le gain politique d’une telle remarque. Combien de nos compatriotes partagent cette opinion selon laquelle « il y a trop de maghrébins en France » ? Il faut se souvenir que l’UMP depuis sa création vise l’asphyxie du FN par la récupération de son électorat. Pensons-nous réellement que les ouailles du Vicomte de Villiers s’émeuvent outre-mesure de la remarque du ministre ? Or le ralliement des troupes du MPF pour les régionales n’est-elle pas en ligne de mire ? Combien de militants de l’UMP, sous d’autres mots, sous d’autres masques acceptent l’idée selon laquelle être français, c’est être plus blanc qu’un kabyle et s’appeler Lefranc ? On ne voit pas le double bénéfice politique de l’obscur et blond catholique : Brice Hortefeux déculpabilise une partie de son électorat tout en se rendant parfaitement indisponible pour les élections régionales (ce qui l’aurait forcé à remettre en jeu son maroquin de ministre).

Le problème politique fondamental est le suivant : veut-on être une cité fermée ou une citée ouverte ? Veut-on fonder notre identité sur des valeurs ou sur une consanguinité ? Contrairement à une idée trop répandue, « accueillir toute la misère du monde » est souvent un moyen de développement considérable pour un pays, culturellement et économiquement. La démographie est une source de richesse. Le développement des USA au vingtième siècle s’est accompagné d’une croissance démographique et d’une immigration massive (plus ou moins contrôlée par des quotas, d’ailleurs). L’identité française est-elle héréditaire c’est-à-dire génétique ou bien est-elle politique c’est-à-dire transmissible ? Et si on peut transmettre l’identité française, existe-t-il encore quelque chose comme « des arabes » qui seraient trop ?

La question de principe, celle qui nécessiterait qu’une association riche porta plainte contre le ministre, c’est : comment un porte étendard de la République peut discriminer ainsi les citoyens, dévalorisant l’identité républicaine, déconstruisant le socle qui lui donne son pouvoir et sa légitimité ? Dans la bouche d’un ministre, il y a des citoyens, pas des prototypes d’arabes, de noirs, de blancs, de polonais, d’auvergnats, de portugais. Il n’y a pas là une forme d’hypocrisie. Les gens ont des origines et des cultures différentes mais ce qui les unit et doit s’interdire de les discriminer, c’est la République. Mais je m’égare, je pense comme si nous vivions encore dans une république, régime qui plus que tout autre réclame le militantisme de chacun.

Salut citoyen,

Alexandre Duclos

PS : pour ceux qui veulent faire un long pas de côté : http://www.relectures.org/article19.html

PPS : Le figaro d’aujourd’hui nous dit ceci : « Mais le regard le plus important pour le ministre de l’Intérieur reste celui de Nicolas Sarkozy, qui le présente toujours comme son «meilleur et plus ancien ami». Et un ami, on le défend en public et on le corrige en privé. C’est ce qu’a fait le chef de l’État. Tandis qu’au cours d’une conférence de presse il assurait ne pas avoir «de temps à perdre avec les polémiques» et s’il a dénoncé un «mauvais procès» fait à son lieutenant, il lui a cependant fait savoir dès vendredi qu’il lui reprochait d’être allé de manière «trop décontractée» à cette université d’été. L’Élysée assure que le président n’a pas regardé lui-même la vidéo, mais qu’il considère qu’un responsable politique ne doit jamais «faire le malin» ou se comporter avec «morgue» devant des militants à qui il doit tout« . Etant donné l’état de la preuve, les propos du chef de l’état sont clairs. Pour lui, la xénophobie n’est pas un délit mais une expression un peu trop sincère, un peu trop franche, un peu trop directe. En quelque sorte, c’est une part discrète du lien idéologique qui vient d’être dévoilé. On doit faire des blagues racistes entre militants, pas devant la presse. Le racisme doit rester implicite, afin de garder dans les écuries ump aussi bien les anciens frontistes que les élus étiquetés « diversité ».

Paris, le 14 septembre 2009.    

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