Europa Linka

19 septembre, 2009

-Les mégots de la société fausse-moderne.

Classé dans : Bonjour ma colère,Politique — europalinka @ 15:46

Il n’y a pas de société post-moderne, seulement des sociétés incroyablement conformistes. L’esprit de la modernité visait la transformation de l’humain, son épanouissement, son cheminement vers un progrès moral et scientifique. Nos sociétés font un effort continu pour  rabougrir l’humain, le rapetisser, le rendre conforme aux impératifs de production.  Exemples…

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Cette pensée léguée par Castoriadis dans un joli texte paraît vraisemblable. Cette vérité se vérifie des plus infimes détails du quotidien aux problèmes de géopolitique mondiale. Voilà par exemple un récent article paru dans les pages d’un quotidien de droite vulgaire. « Une grande étude menée par l’institut CSA Santé, et dévoilée aujourd’hui lors des entretiens de Bichat, dissèque les habitudes des fumeurs actifs et analyse l’impact de la cigarette en entreprise. «C’est la première fois que l’on chiffre les relations entre le nombre de cigarettes fumées par jour et le nombre de pauses dans la journée», indique le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue et président de l’OFT. Pour ce faire, un échantillon de 1 950 personnes, représentatif de la population active des 18 à 65 ans, a été sondé en juin dernier. Il en ressort un portrait peu flatteur des salariés fumeurs. Moins productifs, moins concentrés, plus souvent malades… Arrivant en moyenne vers 8 h 35, les fumeurs accusent un retard d’un quart d’heure sur les autres salariés. 1,6 % d’entre eux déclarent un accident de voiture sur le chemin de l’entreprise, contre 0,9 % pour les non-fumeurs. Ils sont même plus nombreux à avouer des problèmes de concentration ! Quant aux arrêts de travail, 19 % des fumeurs en déclarent au moins un au cours des six derniers mois, contre 11,5 % des non-fumeurs ».

Ô joie. On peut donc identifier un défaut d’un des facteurs de production, le facteur humain. Lorsque la bête fume, elle est statistiquement moins productive. On peut donc augmenter sa productivité en l’empêchant de fumer, en réparant ce défaut. On pourra au besoin lui mettre des couches pour éviter les pauses pipi intempestives, étudier l’ergonomie des bureaux pour qu’il puisse être surveillé et ne pas se gratter n’importe quand, on pourra interdire le stress au travail. Toutes ces hypothèses, loin d’être impossible, sont anecdotiques. Elles ne prendraient pas tant d’importance si elles ne faisaient pas signe vers la puissante montée de l’insignifiance du travail. Un travailleur ou une travailleuse considérée comme un agent productif ne peut plus donner de sens à son travail sinon celui d’une pure et simple exploitation. Le sens de l’activité devient produire le plus d’argent possible, pour d’autres que soi, quelle que soit les sacrifices, la qualité du travail, les relations entre travailleurs. Est-ce là une réalisation de soi par le travail, une validation de la prédestination par le travail (comme dans certaine secte protestante), une émancipation par le travail, la construction du socialisme par le travail, la préservation d’une tradition par le travail, le respect des règles d’appartenance à une corporation ? Rien de tout cela. Il s’agit de devenir la pièce la plus efficace possible. Quel projet pour l’humanité dans cette mise en œuvre du travail ? Quelle idée du progrès ? Une idée simple d’accumulation de savoir et de richesse accompagnée d’une augmentation de l’intensité du travail de chacun. Il n’y a rien là de particulièrement moderne, humaniste ou original. Il s’agit du simple désir du seigneur de gagner plus en faisant mieux travailler les autres.

Cet exemple de fond de cendrier a assez peu de portée. Il est simplement un des signes qui forment une nuée sauvage au dessus du quotidien et qui indiquent la fin de la modernité. Si l’on veut identifier le déficit de modernité dans une dimension plus sérieuse, reprenons notre Castoriadis. « On appelle faussement nos régimes démocratiques alors que ce sont en fait des oligarchies libérales. Ces régimes sont libéraux, ils ne font pas essentiellement appel à la contrainte, mais à une sorte de demi-adhésion molle de la population. Celle-ci a été finalement pénétrée par l’imaginaire capitaliste : le but de la vie humaine serait l’expansion illimitée de la consommation, le prétendu bien être matériel. En conséquence de quoi la population a été entièrement privatisée. » (Cf. Une société à la dérive).

Ô les précieuses paroles. Décryptons un tout petit peu par quelques illustrations. La principale vertu du citoyen aujourd’hui si l’on s’en tient à l’idéologie dominante s’exprime dans son comportement de consommateur. Il achète écolo et citoyen. Sa citoyenneté passe donc par sa qualité de consommateur, elle en est une conséquence secondaire. On ne peut guère imaginer de meilleure manière d’assimiler la citoyenneté au conformisme.  Autre image de l’oligarchie libérale, la constitution du régime de l’opinion. Nous apprenons ce matin que le président de la République a perdu six points de popularité dans les sondages. Mais dans le fond que nous importe ces fluctuation de l’opinion publique ? La seule chose que l’on donne lorsque l’on donne son opinion, c’est une fausse légitimité ou pire, un instrument pour se faire mieux manipuler. La population privatisée, c’est celle que l’on gère pour qu’elle soit la plus rentable possible. Pour ce faire, on tordra le droit du travail, on nationalisera les dettes des entreprises tout en privatisant les profits, on encouragera tel ou tel comportement de consommateur, on privatisera l’éducation ou la santé le plus vite possible.

Que vise -t-on dans toutes ces politiques ? La maximisation des profits et l’intensification des échanges économiques. Rien qui ressemble à un projet de civilisation si ce n’est la mise au pas des populations vis-à-vis des impératifs techniques et économiques de la mondialisation.  Pour assurer le bon fonctionnement du corps social, aucune dimension de l’absurde ne sera épargnée. Ainsi, le gouvernement anglais s’apprête à ficher 11 millions de personne pouvant s’occuper d’enfants. (Cf. Le Monde d’hier, « A compter du 12 octobre, tous ceux qui sont amenés à s’occuper « de manière fréquente (au moins une fois par mois) ou intensive (trois fois par mois) » d’enfants en Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande du Nord devront s’inscrire auprès de l’ISA. Laquelle vérifiera qu’ils n’ont pas, dans une vie précédente, été suspectés de pédophilie ou de violence. Auquel cas ils devront se retirer ».  Il ne s’agit pas à proprement parler de répression mais de maîtriser, de prévoir, de rendre le fonctionnement infaillible. Combattre la criminalité en augmentant la richesse et en améliorant l’éducation ne paraît plus de mise, cela correspondrait effectivement à un véritable projet moderne, visant une modernité –ce qui d’ailleurs, aurait d’autres défauts-.

La fausse modernité a une terreur bleue du politique. Elle canalise les foule et manipules les énergies pour les pousser à croire que la logique de marché est la seule voie possible sans pour autant proposer de dépassement. Elle propose comme projet social une pérennité du fonctionnement, une privatisation de toute culture possible pour alimenter la pauvre transe collective, l’activité capitalistique. Sans identité, sans attachement à une tradition, sans projet pour le devenir humain, les sociétés fausses modernes sont des sociétés à courte-vue, un hymne à la médiocrité et la masturbation de stade anal (accumulation et consommation, rétention et rejet de ce qui traverse l’organisme).

Une autre culture est possible,

Fraternités, citoyennes et citoyens,

Alexandre Duclos,

 

Paris, le 19 septembre 2009.  

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