Europa Linka

18 octobre, 2009

-La maladie de la fiche.

Classé dans : Bonjour ma colère,Chroniques de Tlön — europalinka @ 10:54

En observant attentivement les dernières politiques publiques de la République Française, identifions ensemble un trouble du comportement qui enrichira, il n’est plus permis d’en douter, les connaissances psychiatriques. Les symptômes sont connus de tous. Impuissance, paranoïa, manipulation, troubles obsessionnels, jouissance classificatoire. On y trouve aussi quelques formes élémentaires de perversion.

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La maladie de la fiche peut toucher n’importe qui, nous ne sommes pas à l’abri. Quiconque tentera de recenser, de ficher, de classifier, de catégoriser les personnes avant d’agir prend le risque d’être atteint par la maladie de la fiche.  On peut aisément repérer une personne atteinte par le Symptôme de Fichage Aigu :  elle a perdu ses relations de sécurité, elle est incapable de fonder un jugement sur une confiance réciproque, incapable même de faire confiance à son propre jugement. Elle est fuyante. Elle déteste les relations de face-à-face, a une peur panique de perdre la face, ne supporte pas l’idée de perdre le contrôle des rapports directs, elle préfèrera toujours remplacer la relation intersubjective par des dispositifs de contrôle. Deux facteurs principaux interviennent pour constituer un environnement favorable à cette maladie mentale.

 

1/ Le patient croit que grâce à un meilleur fichage, il pourra prévoir et maîtriser l’action des autres. On retrouve un motif élémentaire de la perversion. Persuadé que sa méticulosité dans l’organisation de son action rendra celle des autres parfaitement maitrisable et prévisible, le pervers peut les objectiver et prévoir tout aussi méticuleusement le moment de sa jouissance. La jouissance d’un pervers est caractérisée par  cette dépendance qu’elle entretient avec la parfaite réalisation d’un scénario prévu par lui.

 

2/ « Las de se faire aimer, il veut se faire craindre ». Le patient atteint de la maladie de la fiche souffre. Il est bien trop seul. Il ne croit ne plus pouvoir obtenir ce qu’il demande aux autres par la séduction, la discussion, l’échange de conviction, la négociation. En deux mots, il ne fait plus confiance à la politique et s’abandonne à la police, ou plus exactement à la gestion policière des phénomènes qui l’entourent. On a vu des fous arpenter la campagne pour recenser tous les individus capables de leur voler leur nains de jardin, relever leur emplois du temps, classifier leur caractère, pour construire des modèles prévisionnels de la délinquance nano potagère. Mais la République Française, avec quelque retard sur d’autre pays plus atteints ou quelques régime autoritaire déchu (USA et URSS ayant raflé tout les records de cas de SFU –Syndrome de Fichage Aigu-) présente aujourd’hui des symptômes particulièrement intéressants.      

 

« Deux nouvelles « bases de données » de police, l’une sur la « prévention des atteintes à la sécurité publique » l’autre pour « les enquêtes administratives liées à la sécurité publique », viennent de voir le jour, selon des décrets publiés dimanche 18 octobre au Journal Officiel. L’ex-fichier des Renseignements généraux (1991-2008) avait été remplacé le 1er juillet 2008 par le fichier Edvige, qui avait été rapidement retiré après une violente polémique et les vives critiques des associations de défense des droits humains et de l’opposition de gauche à propos du type de données sensibles qu’il prévoyait de collecter (santé, sexualité, personnalités, mineurs dès 13 ans). La première de ces « bases de données » destinée à prévenir les atteintes à la sécurité publique « est ciblée sur les bandes, les hooligans et les groupuscules », a souligné dimanche le ministère de l’intérieur auprès de l’AFP. La seconde, relative aux « enquêtes administratives liées à la sécurité publique » contiendra des données sur les personnes postulant un emploi dans la police, la gendarmerie ou dans des sites sensibles (aéroports, centrales nucléaires…). Les mineurs peuvent être inscrits dans la première « base de données » dès 13 ans, et à partir de 16 ans dans la seconde ».

 

Cas très intéressant. On remarquera comment les ramifications du mal sont étendues. Ces deux fichiers viennent remplacer un trouble déjà existant et le compléter. Le patient a déjà admis qu’il pouvait s’autoriser à constituer ses fiches par décret, et sans demander leur avis aux personnes destinées à être fichées. Il considère aussi que personne, même les enfants de plus de treize ans ne devait y échapper. Comme nous le savons, les personnes atteintes du S.F.A souffrent de délires paranoïaques tels qu’ils sont capables de percevoir des enfants de treize ans comme des menaces à l’ordre public. Par ailleurs, le patient va si loin dans sa paranoïa qu’il se soupçonne lui-même des pires intentions et ce fiche lui-même (Informations sur les personnes postulant à un emploi dans la police, la gendarmerie, la sécurité…).

 

Pour vous donner une image mentale simple et efficace, le patient atteint de SFA se comporte comme un jeune instituteur débordé et incompétent. Il va prendre un air terrible et pitoyable à la fois et affirmer bien haut et bien fort que désormais, la liste des noms pour faire l’appel sera accompagnée de six cases vides, et que dans ces six cases vides, il mettra trois triangles oranges, puis deux croix rouges, sachant que l’addition de deux croix rouges et de trois triangles oranges équivaudra à une heure de colle avec les mains sur la tête. Ce qu’il signifie par là, c’est que désormais, tous les actes seront surveillés, potentiellement incriminés, classifiés, et tenus à jour dans un registre. Vous allez devenir maitrisables, prévisibles, votre action sera surveillée, recensée, différenciée. Ce type de fichage exprime clairement les racines du mal : un sentiment d’illégitimité de la domination, ou en d’autres termes, une crise de l’autorité. Elle n’aura d’ailleurs que très peu de chance de donner une légitimité à l’obéissance. Sa domination sera incertaine, dépendra de dispositif de surveillance couteux en temps et en énergie. Cette surveillance renforcera la nécessité de surveillance (puisque cette domination illégitime aura toutes les chances de produire des résistances, des détournements…). Le contrôle renforcera la nécessité de contrôle. C’est un usage illégitime de la force qui amène un besoin supplémentaire de violence illégitime. Cette violence est illégitime en ce sens qu’elle est fondée sur une domination qui ne procède pas d’une légitimité et ne créé pas de légitimité. Le contrôle arbitraire opère un tel délitement du lien social et de l’appropriation des normes et des contraintes qu’il créé un besoin de contrôle encore plus fort. La peur de l’autre instituée renforce de la peur de l’autre.  

 

Ce trouble du comportement -oserait-on le désigner comme une forme de folie pour sortir des classifications du DSM IV- est anodin s’il est traité à temps. Dans notre bonne république de Tlön, dès que l’on identifie le mal chez quelqu’un, on lui offre un stage, un poste ou un ancrage à vie dans notre équipe olympique de philatélie (loisir honorable s’il en est), dans un bataillon de bibliothécaire de la bibliothèque infini (institution noble s’il en est), ou nous leur offrons un poste de chercheur de l’énigmatique formule qui permettrait de calculer le nombre de grains de sable du désert de Boigr’h. Pour les Tlöniens, tout ce qui fait partie d’une société est utile à cette société et par conséquent, même la folie des plus pervers peut être considérée comme une chose utile. Pour les cas réellement désespérés ou ayant fait montre d’une méchanceté excessive et d’une haine trop grande du bien public, les Tlöniens ont inventés un remède très efficaces. On place ces individus dans les grandes réceptions de l’Etat, on leur demande de rester discret, parfaitement immobiles et de compter, de classifier et de surveiller tous les faits et gestes de toutes les personnes présentes puis de consigner toutes ces informations dans des grands cahiers dont les Tlöniens font des feux de joie à la fin de leur Bacchanales.  

De manière plus générale, les Tlöniens considèrent la technocratie comme une maladie infantile du politique, une forme de timidité. Ils l’interprètent le plus souvent comme une peur panique des relations inter-subjectives, comme un renoncement à l’art de convaincre et de séduire, bref comme un manque de confiance et un manque d’amour. Donc, conseil de Tlönien, si vous rencontrez un technocrate atteint d’une forme sévère du S.F.A (Syndrome de Fichage Aigu), faites lui un câlin. S’il refuse et s’il s’obstine, c’est bon signe, il apprend la négociation de ses droits. Recommencez. S’il persiste à vouloir ficher après avoir épuisé votre amour et votre patience, alors il est temps de sévir. Envoyez le au diable ficher les criminels au purgatoire, les manchots en terre Adélie, les arbres en Patagonie, loin et surtout ailleurs.

 

Alexandre Duclos,

Paris, le 17 Octobre 2009.       

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