Europa Linka

1 novembre, 2009

-Gabegies identitaires

Classé dans : Bonjour ma colère,Essai théorique,Politique — europalinka @ 16:30

Donne-moi ta montre, je te dirais l’heure qu’il est. Laisse-moi te déposséder de la production de ton identité et je te dirais qui tu es ou plutôt, qui je veux que tu sois. Le nouveau grand débat qu’Eric Besson, en bon sbire de son maître est en train de mettre en scène est peut-être dangereux mais il est surtout absurde.  Vous n’obéirez plus aux principes républicains mais aux dépositaires de l’Identité nationale. Un peuple! Une Nation! Une Identité! Voici quelques hypothèses sur la genèse des identités nationales.

 labaonettemarianne.jpg199220fn20produisons20francais20avec20des20francais7b909.jpg

On doit tout d’abord remarquer que les deux termes sont mal assortis. Identité ne correspond pas nécessairement à l’idée de Nation et cette dernière est si neuve dans l’histoire de l’humanité qu’il faut en identifier l’originalité. La Nation, c’est depuis un siècle et demi l’échelle à laquelle un peuple se donne un état souverain. La naissance des identités précède de plusieurs millénaires l’apparition des nations. La nécessité de susciter un sentiment national, une unité nationale a donné lieu à des entreprises identitaires, procédant d’ailleurs souvent de reconstruction historique ou d’un travail sur les mythologies locales. Ainsi, la République Française refondant son unité après la défaite de 1870 apprenait à tous ses enfants que la France éternelle plongeait ses racines dans l’âme gauloise, les guerriers du même nom et les effluves de gui des druides. L’Allemagne Nazie a eu recours à d’autres mythes fondateurs pour assurer l’unité de ce pays en cours de reconstruction (Siegfried, Tannhäuser). Dans un autre registre, l’URSS a essayé de manipuler le sentiment nationaliste hongrois afin de l’opposer aux désirs de contestation de l’ordre soviétique (notamment dans des dessins animés, vous pouvez en voir un dans la rubrique à voir et à manger). Donc, premier principe, l’identité nationale ne va pas de soi et peut faire l’objet de manipulation, comme l’histoire le démontre sans peine.

On pourrait même faire l’hypothèse d’une corrélation entre identité nationale et manipulation. En effet, le thème même de l’identité nationale suppose que l’état investit le domaine particulier de l’identité. En d’autres termes, il va légiférer sur ce qui relève de l’affect, il va ordonner ce qui est autonome. Par ailleurs, il serait absurde de penser qu’une identité puisse être figée dans le temps. Grâce aux registres de l’état, les noms et donc les cartes d’identités sont figés dans le temps (bien que l’on puisse changer de sexe et de nom). Dans de nombreuses cultures amérindiennes, chaque évènement important d’une vie pouvait résulter dans un changement de nom et donc, partiellement, d’identité. C’est à l’ensemble des citoyens réunis, c’est-à-dire au souverain, d’établir ce qu’est, à tel moment de l’évolution d’une société, l’identité de tel ou tel groupe. Il n’est d’ailleurs pas évident que l’ensemble des citoyens français aient envie de se soumettre à une identité collective à l’échelle nationale. Lorsque l’état, en tant qu’acteur indépendant, agite l’idée de l’identité nationale, il témoigne de son manque de prise sur le cœur des citoyens, du manque de légitimité de sa domination. Le thème est porteur puisqu’il est fondé sur un manque. Oui, les actions de l’état paraîtraient mieux légitimées si elles étaient basées sur une identité claire. Cependant, si cette identité est générée par l’état, alors il s’agit d’un artefact, d’un pur produit de manipulation, d’un outil de domination.

Mais enfin, si l’on accepte l’idée selon laquelle l’état, dépositaire de l’union nationale, peut actionner ce levier, doit-on pour autant accepter la nouvelle mouture proposée par le gouvernement actuel en France. Si l’on accepte que l’identité commune, que le moi collectif doivent être produits par l’état, doit accepter toutes les formes de manipulation ? Et notamment la définition par la négative. Peut-on se laisser définir par la haine ou la peur de l’étranger ? Il va de soi que pour des citoyens qui considèrent le racisme comme un délit, alors le seul moyen de différencier les « autres » de « nous », ce sont les principes, les valeurs, la géographie et l’histoire commune.

Commençons par la géographie : sont français ceux qui vivent et sont nés en France ? Excessif nous dirait ce gouvernement obsédé par la maîtrise d’une immigration rentable.

Poursuivons par l’historie commune : sont Français tous ceux qui ont participé à l’histoire de la France, et notamment tous ceux qui habitant dans les anciennes colonies souhaitent devenir Français. Excessif nous dirait ce gouvernement obsédé par la maîtrise d’une immigration rentable.

Bien. Restent les principes et les valeurs. Français, cela ne signifie pas être né ici ou là, ni même avoir des papiers ou une histoire commune. L’identité nationale se base sur le respect d’une culture héritée des lumières et profondément attachée au respect des droits de l’homme. Aucun Français ne traitera un être humain comme ayant moins de droit et moins de dignité que lui. Excessif nous dirait ce gouvernement obsédé par la maîtrise d’une immigration rentable. Délirant répondrait n’importe quel militant des droits de l’homme.

Au-delà de l’argument électoral, de la manipulation de l’extrême droite, des tentatives pour donner un masque humain au libéralisme, on doit aussi voir dans cette tentative d’objectivation de l’identité nationale un moyen d’être fier, pour les représentants de l’état.      

« Mais quand on examine la fonction générale de la notion de « civilisation », quand on recherche l’élément permettant de qualifier telles attitudes et actions humaines de civilisées, on découvre d’abord quelque chose de très simple : l’expression de la conscience occidentale, on pourrait dire le sentiment national occidental. En effet, le terme résume l’avance que la société occidentale croit avoir prise sur les siècles précédents et sur les sociétés contemporaines plus « primitives ». C’est par ce même terme que la société occidentale tente de caractériser ce qui la singularise, ce dont elle est fière : le développement de sa technique, de ses règles de savoir-vivre, l’évolution de sa connaissance scientifique, de sa vision du monde » (Norbert Elias, La civilisation des mœurs).

Le propos de Norbert Elias nous donne de bonnes pistes de réflexion. Quand on a fragmenté une communauté, mis à bas son système de protection social, détruit la notion de République (de bien commun) qui permettait de relier l’état et la communauté sans passer par une fausse identité nationale, dès lors, on aura recours à la vieille ficelle identitaire pour inscrire son action dans quelque chose de glorieux. Or la gloire a besoin de la foule, de l’accord de la masse et d’un culte massif. On ne sera plus fier de l’état français au nom de la République mais au nom de l’identité nationale.

Tout citoyen républicain doit se faire un devoir de refuser ce faux débat, cette ultime tentative de légitimation d’un système qui détruit le bien commun pour servir les profits d’une petite caste élitiste.

Salut et joie, citoyens et citoyennes.

Alexandre Duclos

Paris, le 01 Novembre 2009.

Un commentaire »

  1. Wladimir

    D’ailleurs, l’identité nationale est en question à chaque fois que l’on vote, pas sous le jour de la questio de l’autochtonie mais sous celle bien plus intéressante de l’identité politique de la cité.

    Commentaire by Wladimir — 7 novembre, 2009 @ 18:24

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

alternativewittenheim |
Section cantonale de La Gra... |
RESISTER, S'INSOUMET... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | AGIR ENSEMBLE
| Unir agir pour Etupes
| R P M justice-progrès-solid...