Europa Linka

26 novembre, 2009

-L’écologie fantasmatique.

Classé dans : Et mon courroux coucou,Intempestifs — europalinka @ 12:07

Comme il serait bon d’avoir tort. Comme il serait bon d’avoir encore de la place pour un espoir mince, une échappatoire minuscule entre des blocs de certitude. Et pourtant, l’évidence sensible est là, sans cesse renouvelée par tel ou tel sommet international (Copenhague en l’occurrence) : nous allons détruire la nature. Tranquillement. Et mieux, nous allons le faire en bonne conscience, bien concentrés sur notre action. Mise au point sur un malentendu.

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Comment peut-on croire que l’espèce humaine est encore capable de se réformer suffisamment pour cesser de menacer, par sa simple existence, la survie de tout ce qui l’entoure et qui n’est pas produit par elle ? La Chine annonce aujourd’hui qu’elle veut réduire son intensité carbone de 40% d’ici 2020. Le président des USA parle lui de 17% dans un premier temps. On voit déjà dans ces chiffres un premier malentendu. Quel rapport peut-on identifier entre un indice carbone et la Nature. On n’a plus qu’un environnement mesurable, maitrisable, prévisible et avant tout humain. Si l’on consent à moins utiliser la nature comme on consentirait à moins utiliser un four, on cesse de considérer la nature comme nue nature, elle devient déjà un jouet, un objet, elle est totalement assimilée. Elle devient un élément imaginaire de la société industrielle.  

Par ailleurs, l’humanité croît. Nous serons incessamment sous peu 8 milliards. Et puis quoi ? Va-t-on instaurer un contrôle mondial des naissances ? La Chine a ralenti sa croissance démographique de cette manière avant de penser à remettre en question cet élément pour assurer la continuité de sa croissance économique. Et voilà une part du problème. L’humain a fondamentalement besoin d’agir, de confronter la puissance limitée de sa raison et la puissance illimitée de son imaginaire à la réalité. Il veut créer, il veut faire. Pire, il veut reconnaître sa signature dans ce qu’il fait. L’humain ne se débarrassera pas totalement de la nature ou pas de sitôt. Malgré nos efforts acharnés, nous sommes toujours menacés par la mort, par la faim et nous devons avoir recours à la sexualité pour nous reproduire, toute chose héritées de la nature.

Dans le fond et quitte à susciter des réactions violentes, je crois raisonnable d’affirmer que le réchauffement climatique est la seule manifestation de la nature qui serait encore la nature. En tant que dérèglement, il est pour nous une surprise. Nous sommes fiers d’en être à l’origine et d’être devenu ainsi officiellement maîtres du monde. Cependant, notre statut d’apprenti sorcier nous saute aux yeux et nous sommes confrontés à un immaitrisable, à du plus grand que nous, à du plus fort que nous, à de la Nature. Or c’est bien ce qui me rend pessimiste. Depuis sa naissance, l’humanité a souvent transformé ces têtes à têtes avec la Nature en un affrontement, et dans les sociétés occidentales, en lutte à mort pour le pouvoir, le contrôle de l’espace et du temps.

Nous ne ferons rien de significatif. Nous croitrons sans cesse, en conservant une société industrielle, poursuivant notre action faite d’acosmisme et d’insouciance avec de courts passages de culpabilité orgueilleuse. Notez bien ce point. Dans une société traditionnelle, une catastrophe naturelle est une manifestation du transcendant (peut-être pour punir les hommes comme le déluge). L’humain est pensé aujourd’hui comme l’origine de tout. Dans une telle solitude, il n’y a guère de motif suffisamment puissant pour réformer une société. On pensera plutôt à harmoniser l’action de conquête, à faire concorder croissance économique et maîtrise de la météo.

Par ailleurs, dans l’hypothèse la plus optimiste, que faire ? Passer d’un système industriel à un autre, exploiter mieux ? La seule possibilité pour préserver ce qui n’est pas humain et pour laisser une place aux développements de la Nature, ce serait de nous auto-limiter. Limiter notre expansion démographique, géographique, symbolique et industrielle. Mener une telle politique exige une échelle politique mondiale dépassant le stade des grandes réunions de compromis photogéniques où des scientifiques perdent leurs temps à expliquer l’urgence à des politiques qui n’ont, en réalité, pas les moyens d’agir, pas les moyens de contraindre leurs peuples aux efforts économiques et moraux qu’il faudrait consentir pour être moins nombreux, moins envahissant, moins démiurge et moins polluants.

D’un point de vue spinoziste, on pourrait dire que la vertu d’un humain, c’est d’être un humain. C’est-à-dire un être qui se sustente, qui pense, qui ressent, qui rêve et qui agit. Il est possible que l’idée d’une auto-limitation de l’action procède d’une telle dénaturation qu’elle soit impossible. L’humain produira des voitures propres, des téléphones portables intégrés, des centrales nucléaires gentilles, des autoroutes qui laisseront filtrer les eaux de pluies, des poubelles qui trieront elles mêmes les déchets, de la viande synthétique sans élevage, un soleil de substitution, des usines à nuages, un moteur pour maintenir le gulf stream, un conservatoire géant pour reproduire la Nature en plus petit, il créera ce qui lui plaira mais ne cessera pas de créer et ce faisant, il ne cessera de détruire la nature par le nombre, la puissance et l’illimitation de son action. Il est même en train de faire effort pour produire lui-même une nature conforme à ses besoins (les OGM), reprenant ainsi les erreurs de Lyssenko.

Rêvons donc que nous sommes capables d’être écologistes ou admettons une fois pour toute que l’écologie est affaire de gestion de l’environnement humain. Pour parler métaphoriquement, il s’agit plus de ranger sa chambre que de respecter l’intégrité de l’autre. Cependant, une fois que l’on sait que l’écologie, c’est essentiellement prendre soin de l’humain, on n’en a pas moins envie d’être écolo ! Il convient simplement de savoir que cette idéologie n’a rien d’altruiste, qu’elle ne relève pas d’une attirance pour le sublime, le gratuit, la pure nature qui nous dépasse et même pire, qui nous inspire ! Et dieu sait ce que l’on est encore capable de faire quand on est inspiré.

Salut et joie,

Alexandre Duclos

Paris, le 26 novembre 2009.


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