Europa Linka

1 décembre, 2009

-De Fouquet aux Traders : les prodiges de l’argent imaginaire.

Classé dans : Et mon courroux coucou,Politique — europalinka @ 21:27

Nicolas Fouquet, Surintendant de France dans les premiers temps du règne de Louis XIV éclaire sous un jour particulier la grande folie de boulimie financière et de gaspillage humain qu’incarnent aujourd’hui ces personnages publics que sont les traders. Petites réflexions en suivant Paul Morand…  

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Le grand styliste, trouble, impardonnable mais infiniment brillant qu’est Paul Morand nous entraine dans un petit ouvrage -Fouquet ou le soleil offusqué- à la découverte d’un personnage intriguant. Prodigieusement doué pour les affaires, créant de l’argent et le dépensant avec beaucoup de libéralité, accueillant les talents (Lafontaine, Molière, Pellisson, Le Brun travaillèrent pour lui, par lui), inventant Versailles avant Versailles à Vaux le Vicomte, et incapable de percevoir le piège qui se refermera sur lui le 05 septembre 1661. Morand décrit avec un talent fait de retenue et de mordant le génie particulier de cet homme bien trop en avance sur son temps (ce que Morand ne pouvait pas encore savoir). En effet, lorsque Fouquet fut sous les verrous, le roi et Colbert crurent trouver une fortune, ils ne trouvèrent que des dettes. Le brave surintendant du roi, véritable financier et signature du royaume avait réussi à constituer un système complexe d’échange de dette assez bien décrit par Morand et qui ressemble d’assez près au système qui a mené à la crise des subprimes.

 

 

 

Confondant les finances publiques et ses propres finances, apportant sa réputation à la puissance publique, il a construit une puissance financière à l’époque sans égale et qui le rendit indispensable à Mazarin, insupportable de puissance au jeune Louis XIV. Il comprend dès le dix-septième siècle comment créer de la valeur à partir du jeu infini sur les valeurs et sur la valeur de sa réputation de joueur omnipotent. Il a compris la valeur du jeu, du jeu frénétique, du jeu sur des valeurs qui ne valent plus que par le jeu, qui se détachent du travail.

 

 

 

C’est assez exactement ce genre de jeu qu’effectuent chaque jour les traders, ils jouent sur la peur, sur l’attrait, sur la réaction sur l’instinct d’autres acteurs qui apporteront de l’argent, qui formeront des nébuleuses monétaires qui se détacheront de la réalité industrielle, qui emporteront dans des nuées certains et qui s’effondreront la plupart du temps sur la foule subjuguée. La foule accueillant le cadavre financier lui rendra la vie en le nourrissant, dans l’espoir insensé d’en tirer profit plus tard avant de voir la bulle du jeu financier reprendre le large. Deux différences toutefois. A l’époque, Louis XIV rapatria vers l’état l’argent du grand joueur, du grand dispensateur de fête infiniment luxueuse. Seconde différence, le Fou du roi, Fouquet, fit une œuvre de protecteurs des arts, de promoteurs des talents. Suscitant l’îre du roi, il paiera de vignt ans d’emprisonnement la jalousie du roi. Rien de tel chez nos modernes joueurs de l’argent des autres. Fouquet sacrifiait son argent volé sur l’autel de la folie, de l’art, de la débauche. Les modernes traders jouent l’argent volé sur l’autel et de l’argent et en dernière analyse, sur l’autel du vol.

Salut et joie,

Alexandre Duclos.     

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