Europa Linka

5 décembre, 2009

-Promenades avec Michaux

Classé dans : Pour les Papouètes — europalinka @ 17:34

Aujourd’hui, c’est l’humeur qui veut ça, europalinka vous emmène en promenade dans les contrées hallucinées de notre ami Henri Michaux (dont vous voyez ci-dessous un dessin). L’homme voulait voyager pour s’appauvrir, voilà le programme. De toutes les manières, dans un voyage poétique, on est toujours trompé. On croit perdre le nord et on gagne le symbolique, on croit perdre l’équilibre et on gagne le rythme, on croit perdre le sens et on gagne les sens, on croit perdre son temps et on rencontre le temps. Hop.   

marlborough1251.jpg

Repos dans le malheur

 

Le Malheur, mon grand laboureur,

Le malheur, assois-toi,

Repose-toi,

Reposons-nous une peu toi et moi,

Repose,

Tu me trouves, tu m’éprouves, tu me le prouves.

Je suis ta ruine.

 

Mon grand théâtre, mon havre, mon âtre,

Ma cave d’or,

Mon avenir, ma vraie mère, mon horizon.

Dans ta lumière, dans ton ampleur, dans mon horreur,

Je m’abandonne.

 

(Plume)

 

On veut voler mon nom

 

Tandis que je me rasais ce matin, étirant et soulevant un peu mes lèvres pour avoir une surface plus tendue, bien résistante au rasoir, qu’est-ce que je vois ? Trois dents en or ! Moi qui n’ai jamais été chez le dentiste.

 

Ah ! Ah !

 

Et pourquoi ?

 

Pourquoi ? Pour me faire douter de moi, et ensuite pour me prendre mon nom de Barnabé. Ah ! Il s tirent ferme de l’autre côté, ils tirent, ils tirent.

 

Mais moi aussi je suis prêt, et je LE retiens. « Barnabé », « Barnabé », dis-je doucement mais fermement ; alors de leur côté, tous leurs efforts se trouvent réduits à néant.

 

(Plume)

 

La constellation des piqûres

 

L’habitude qui me lie à mes membres tout à coup n’est plus. L’espace s’étend (celui de mon corps ?) Il est rond. J’y tombe. Je tombe en bas. Je tombe en haut. Je tombe infime dans des directions multiples. Rapide, je file. Ici, là, en successifs abîmes. Des coups. Je subis des coups, extrêmement brefs. Venant de loin, de très loin, de partout.

 

Impossible d’échapper. Je suis dans la constellation des piqûres.

 

(La vie dans le pli).

 

L’oiseau qui s’efface

 

Celui là, c’est dans le jour qu’il apparaît, dans le jour le plus blanc. Oiseau.

 

Il bat de l’aile, il s’envole. Il bat de l’aile, il s’efface.

 

Il bat de l’aile, il réapparaît.

 

Il se pose. Et puis il n’est plus. D’un battement, il s’est effacé dans l’espace blanc.

 

Tel est mon oiseau familier, l’oiseau qui vient peupler le ciel de ma petite cour. Peupler ? On voit comment…

 

Mais je demeure sur place, le contemplant, fasciné par son apparition, fasciné par sa disparition.

 

Mon sang.

 

Le bouillon de mon sang dans lequel je patauge

Est mon chantre, ma laine, mes femmes.

Il est sans croûte. Il s’enchante, il s’épand.

Il m’emplit de vitres, de granits, de tessons.

Il me déchire. Je vis dans les éclats.

 

Dans la toux, dans l’atroce, dans la transe

Il construit mes châteaux

Dans des toiles, dans des trames, dans des taches

Il les illumine.

 

(Un certain plume).

3 commentaires »

  1. artypique

    Moi, j’aime bien Michaux. C’est beau et clair, c’est nourri sans être charnu, c’est un bordel limpide. C’est rare.

    Commentaire by artypique — 5 décembre, 2009 @ 19:04

  2. artypique

    Vous pourriez en publier de plus larges extraits, et/ou les lire.

    Commentaire by artypique — 5 décembre, 2009 @ 19:05

  3. Claire-Lise Coux

    Bonjour

    Merci pour votre message laissé sur mon site et votre lien.

    J’ai été séduite par votre blog découvert par hasard sur le Net.

    « L’oiseau qui s’efface » de Michaux, c’est magnifique.

    Bonne continuation et à très bientôt

    Commentaire by Claire-Lise Coux — 9 décembre, 2009 @ 17:19

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

alternativewittenheim |
Section cantonale de La Gra... |
RESISTER, S'INSOUMET... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | AGIR ENSEMBLE
| Unir agir pour Etupes
| R P M justice-progrès-solid...