Europa Linka

9 décembre, 2009

Le Dragon Bleu, Robert Lepage ou la trivialité spectaculaire.

Classé dans : Salut ma Hargne (Critiques Ciné-Théâtre) — europalinka @ 11:44

Le Dragon Bleu de Robert Lepage joue en ce moment à Chaillot. Le palais de Chaillot est à la fois majestueux et provocant. Il est écrit sur sa façade qu’il ne faut pas y entrer sans désirs. C’est là tout le problème. J’y suis entré plein de désirs affutés. Dans ce palais, on a envie d’être scandaleux, d’être provoqué, d’être ému, de participer à cette émotion. J’en suis sorti alourdi d’une pénible réflexion sur ce que l’argent permet de s’offrir en matière d’effets spéciaux.

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Le Dragon Bleu est un spectacle. Un spectacle qui ressemble à une pièce de théâtre mais il y a là un malentendu. Si l’on va voir ce spectacle sans penser aller au théâtre, alors tout se passe  à peu près convenablement. On est convoqué dans une salle sublime où une histoire sans importance est mise en scène par des images impressionnantes. Mr Pierre Lamontagne est un artiste raté qui est parti vivre en Chine pour y être galleriste. Son ex femme lui rend visite parce qu’elle vient acheter un enfant pour l’adopter, elle boit trop et ils couchent ensemble. En même temps, une des artistes dont s’occupe le brave Pierre est enceinte de lui, alors c’est très compliqué tout en restant plat et prévisible et sans vous dire la fin, je peux vous dire qu’il y en a trois. On sent le travail de répétition à plein nez tant les répliques de ce sitcom ont été construite pendant le travail de montage. « Robert s’entoure d’acteurs pour l’écriture parce que nous arrivons à l’écriture par l’improvisation. Notre écriture n’est pas littéraire, elle est scénique et doit être simple. Parce que les spectacles sont traduits et soustitrés en plusieurs langues, nous devons arriver à l’essence de ce que nous voulons dire« .

L’aveu est parfaitement clair. Nous ne faisons pas de la littérature. Nous adaptons le texte pour les besoins de la production au point de réduire les dialogues au plus simple appareil, à un genre de story board et c’est exactement ce que nous propose le metteur en scène Robert Lepage. Une succession de plan séquence. Pourquoi est-ce que je regrette un tel pas de côté, en dehors de l’écriture théâtral? Pourquoi est-ce que je suis réticent à l’idée de quitter d’un même pas la littérature et le théâtre pour produire de nouveaux spectacles où des comédiens racontent des histoires sur scènes, font du théâtre sans en faire. Premièrement parce que la faiblesse du texte et la démonstration technique proche de la perfection produisent un genre d’anesthésie. Le spectacle ne m’a pas ému. Aucune émotion n’est venu animer mon visage à part un petit rire nerveux, parfois. Ne pas ressentir d’émotion dans une pièce où, pour les besoins de la cause, deux pères meurent, deux amours se brisent, un  bébé voit le jour sans être désiré est pour le moins frustrant. C’est même vexant. 

Non, devant les pluies numériques, les décors prodigieusement protéiformes, les avions qui se transforment en ateliers puis en gare par la magie maîtrisée d’un décors parfait, on n’est pas ému, on se dit simplement : Tiens, c’est drôlement bien fait. Ca rappelle drôlement bien la réalité triviale, telle qu’elle peut être simplifiée pour faire l’unanimité. Le plus dommage, ou me plus pénible, c’est qu’il y a au fond de cette pièce de vrais éléments de sens. Voir une femme alcoolique et publicitaire venir en toute bonne foi acheter un enfant en Chine… Mais le sens ne survit à l’exercice de la performance technique.

Il se peut que le théâtre soit à une croisée des chemins: soit le dépouillement, soit la virtualisation. Face à la virtualité des jeux vidéos, des films (par exemple l’Imaginarium du Docteur Parnassius de Terry Gilliam), face à cette puissancede l’image virtuelle, le théâtre paraît effroyablement décharné. Des humains qui disent un texte sans que leur image ne puisse les transformer en  dragon. Robert Lepage pousse le théâtre vers le virtuel grâce à la preformance technique. Cependant, qu’elle que soit la qualité indéniable de effets spéciaux, on ne ressent pas le dragon bleu, il n’existe pas. On le voit mais il n’est pas là. La magie est produite et elle reste absente. 

Cela étant, cela fait du bien d’entendre des voix québécoises dans un grand théâtre français. La scène québécoise est particulièrement vivante, inventive, Wajdi Mouawad et Robert Lepage en sont des exemples très différents, en attendant avec impatience de voir des pièces de Claude Gauvreau qui pour être mort n’en est pas moins un des plus grand auteur dramatique et poète de langue française au vingtième siècle.

Salutations théâtrales

Paris, le 09 décembre 2009.

Alexandre Duclos

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