Europa Linka

19 décembre, 2009

-Les échecs de l’écologie, de Copenhague à Tlön.

Classé dans : Chroniques de Tlön,Et mon courroux coucou — europalinka @ 17:28

-Nous autres, Tlöniens, n’avons pas le rire facile. La vie nous est douce, nous refusons la frénésie et il rare que nous soyons dans cet état d’excitation particulier qui démultiplie les rires. Mais alors, depuis une semaine, toute la république de Tlön est agitée d’un fou rire dément. On se moque des efforts écologiques mis en scène à Copenhague. On se moque de tout. Des espoirs, des mensonges, des stress, des combats, des policiers, des politiciens, des journalistes. Tout dans cet affaire flotte entre le ridicule et l’absurde, tout flirt avec la limite du sens. Donc nous rions à gorge déployée. Echos de ces rires…

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Première blague : un sommet pour sauver la nature. Alors voilà, nous voyons des représentants de nations qui se rassemblent pour négocier. Des nations négocient entre-elles le sort de la nature. C’est amusant. Ils viennent pour parler d’un objet mais cet objet disparait à chaque fois qu’ils ouvrent la bouche, dès qu’ils veulent poser la main dessus. Comme un prestidigitateur maladroit qui ferait disparaître sa baguette magique avant même de pouvoir la toucher. Ils viennent parler d’un bien commun. La nature comme bien commun. Mais dès qu’ils en parlent dans le cadre de ces négociations, ils transforment le bien commun en lieu de conflit, en un magot qu’il faut négocier, en un ensemble d’intérêts individuels antagonistes. Et le bien commun disparaît. On a l’impression de voir des individus incroyablement inconscients et acharnés tentant de se prendre dans les bras alors qu’une vitre épaisse les sépare. Et bing, et bing encore une fois. Ah, la jolie bande de guignols. 

Seconde blague : certains ont cru que cela pouvait marcher. Ahahahahahahihihaha !Et les journaux en ont parlé. Les braves petits occidentaux ont cru que l’on pouvait attendre quelque chose de ces palabres. Incommensurable stupidité qui nous pousserait presque à la tendresse si nous n’étions pas allergiques à la condescendance. Mais quoi? Qu’aurait-on pu réussir? Créer un agenda mondial de la planification de la nature ? Créer une régulation centralisée de toutes les productions et de tous les fluxs, un macro-système des macro-systèmes techniques mondiaux ? Créer un fond d’indemnisation des pays pauvres qui recevraient de l’argent pour abandonner le désir d’accéder au modèle de consommation occidental moderne. Créer un label écologique mondial ? Créer une bourse mondiale pour toutes les formes de pollution comme il existe déjà un marché de la production de carbone ? La réalité est que le but de la conférence de Copenhague est absolument inavouable du point de vue du sens commun.

Et c’est la troisième blague : On veut lutter contre le réchauffement (pendant que des clochards meurent de froid dans les grandes villes de toute l’Europe). Lutter contre le réchauffement, ce n’est pas réduire l’impact de l’homme sur la nature. C’est tout le contraire. Ces sommets cherchent en réalité l’abolition de la nature, c’est à dire l’abolition d’un principe externe, transcendant l’action de l’humain. La planète devient un frigidaire dont on peut contrôler la température en tournant un bouton. Il faut replacer les choses à leur place et sans la moindre trace de cynisme. Le réchauffement climatique, c’est la nature, c’est ce que nous humains, ne maîtrisons pas, c’est ce que nous déplorons, c’est la réaction incontrôlable d’un environnement qui refuse d’obéir. La relation millénaire d’exploitation que nous entretenons avec la nature vient de changer. Elle ne se laisse plus faire avec cette fidélité sans faille dans l’abnégation qui la caractérisait auparavant.  Ces sommets qui prétendent sauver la nature ne font qu’entériner sa destruction complète dans et par le droit international. D’une certaine manière, on peut imaginer que ces sommets sont organisés pour sauver la vie humaine sur terre. Mais alors là, laissez-nous rire. Nous autres Tlöniens, nous comptons rester là et poursuivre notre longue conversation avec la nature. D’autre part, pourquoi le prétexte de l’environnement fonctionnerait mieux que la faim dans le monde. Les deux éléments engagent les mêmes risques, la mort, la souffrance, les variations de flux migratoires, les guerres. 

Quatrième blague : les citoyens des démocraties se font admirablement flouer sans même s’en apercevoir.  Ils voient passer toute une partie de la vie politique et des choix politiques du côté de l’expertise, du coté de l’indiscutable, du côté de la police. Les réactions des forces policières danoises étaient parfaitement légitimes. Les manifestants qui sont venus traditionnellement revendiquer le droit à modifier leurs droits se sont trompés d’adresse. Les citoyens n’avaient pas la parole. Les experts scientifiques donnent aux experts en politique des résultats qui prennent deux directions :ils sont confiés aux experts en communication et ils font l’objet de négociations financières.

Mais vous, Tlöniens, me direz-vous, qu’est-ce que vous faites de la nature ? Nous, nous la laissons tranquille, loin de nous. Nous nous délimitons. Nous agissons sur la moitié du territoire que nous occupons et nous interdisons de dépasser cette limite. Nous avons élu des représentants de la nature à l’intérieur de la cité mais leur seul devoir est de refuser l’humain. Les citoyens sont en conflits avec ces représentants et ils sont obligés de transcrire en terme politique toute action sur la nature. Par ailleurs, nous mettons toujours à égalité les mythes et les chiffres. Il est strictement interdit de présenter un chiffre ou un modèle scientifique sans mythe afférent. Cela impose la conservention de la dimension poétique de la nature.

Fini de rire.

Amour et joie,

Alexandre Duclos

Paris, le 19 décembre 2009.

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