Europa Linka

20 janvier, 2010

-Identité Nationale, Reloaded.

Classé dans : Intempestifs,Politique — europalinka @ 12:14

Que penser de ce « débat »? On peut y voir l’effondrement de la légitimité de l’état. Pourquoi ? Comment ? Restons sur le seuil un instant et pensons à ce qu’implique la seule existence de ce « débat », aux conditions de son lancement. Evidemment, on a d’abord une réaction d’irritation en écoutant le flot de dérapages racistes qu’il occasionne. Mais il y a pire…  

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On entend des assimilations entre arabes et musulmans, des références à l’invasion, à l’instinct français, à la relation au sol français, bref de vieilles horreurs jamais totalement digérées. Nadine Morano se plaçant dans la lignée de Maurice Barres , François Fillon affirmant qu’un Français reconnaît d’instinct ce qui est français. Mais que se passe-t-il lorsque l’Etat s’engage dans un tel débat. Il arrive régulièrement qu’un état tente de manipuler une identité nationale, en manipulant l’histoire, en proposant une nouvelle identité… Dans le cas qui nous occupe, la démarche est différente. L’état produit l’aveu suivant : nous ne savons plus ce qu’est l’identité nationale, nous ne savons pas qui nous sommes. Quelles sont les conséquences d’une telle question ? 

 

 

On devrait commencer par affirmer que ce qui est en discussion n’a pas d’existence stable, pas d’essence et qu’un tel débat, d’un point de vue anthropologique, hors de toute manipulation électorale, doit-être formulé ainsi : nous qui nous fréquentons, quel motif avons-nous de nous aimer (identité et affection étant organiquement liées) ? Ce motif, pouvons-nous en faire un objet de reconnaissance réciproque ? Cet objet ne saurait être la citoyenneté puisque le débat dénonce la citoyenneté comme insuffisante. Par conséquent, ce ne saurait être l’allégeance à l’Etat qui valide l’appartenance. Par ailleurs, symboliquement, ce débat disqualifie les principes fondateurs de la communauté politique et le droit en tant qu’objet de reconnaissance réciproque. En effet, cette part de l’identité est renégociée sans cesse dans les tribunaux et pendant les élections. En d’autres termes, voilà ce qu’un tel débat affirme face à l’inconscient collectif : la citoyenneté ne donne pas l’identité, les principes ne donnent pas l’identité, la langue ne donne pas l’identité, le sol ne donne pas l’identité, les symboles nationaux ne font plus signe vers ces éléments. L’identité comme principe d’affection participerait d’autre chose, d’un symbole absent qui disqualifie par sa simple évocation tout l’édifice républicain. Moi qui croyait habiter dans ce pays étrange dont la constitution avait comme préalable que les tous hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits et en dignité. Ce principe, cette particularité m’aurait suffi, en gage d’identité. Il résume assez bien un projet politique, une histoire singulière, une langue, des valeurs qui suffisent à mon sens pour fonder une identité. Un tel principe ne survit pas aux politiques de rafles et d’expulsions de ceux et celles que l’on traite comme des sans-droit.   

On a donc une disjonctive : soit cette communauté admet que seul le lien génétique, physiologique fonde une identité ; soit elle invente un nouvel objet de reconnaissance réciproque, un objet d’amour commun qui fonde une identité commune. Qu’un état pose une pareille question et il met en crise tout l’édifice symbolique qui lui donne sa légitimité. On est là au cœur du symbolique (système de reconnaissance réciproque). Il commet l’aveu de son incapacité à prendre en charge le rapport à l’autre. L’altérité n’est plus tant un repère qu’un problème. On voit par là les possibilités destructrices et créatrices d’un tel travail du symbolique. Autant de raisons pour en faire un travail conscient, à disposition du sens commun et non à la main de quelque idéologue brouillon. Il s’agirait d’une politique consciente du symbolique, continue et n’ayant d’autre but que sa perpétuation. Mais cette discussion a lieu sans cesse, dans la fréquentation des uns par les autres. En un sens, l’état n’est rien d’autre que le symbole de l’amour réciproque que nous nous accordons, amour rassemblé sur des symboles, des valeurs au premier rang desquels l’identité nationale.

Il est possible que nos dirigeants aient sciemment engagé cette destruction de l’état républicain. Il est cependant bien plus probable que l’idée de bien commun leur est tellement étrangère qu’ils ne peuvent agir autrement. Ils détruisent naturellement ce qui gêne leur conscience et leur action. Il est difficile d’être sarkozyste et républicain, sarkozyste et patriote. On devient donc un nationaliste, méfiant envers l’étranger, dubitatif et irrespectueux devant tout ce qui gêne la maximisation des profits individuels. Bref, méfiant envers nous, envers l’entre-nous. ce débat produit un travail de sappe en profondeur, il est comme une lèpre qui ronge les fondements de l’édifice républicain. Si ce dernier s’effondre, il serait bon de ne pas laisser l’initiative aux  seuls adeptes polissés du capitalisme  populiste et sécuritaire. 

Alexandre Duclos,

Paris, le 21 janvier 2010.

Un commentaire »

  1. Charles Ancelle

    Le préambule de la constitution (donc, entre autres, la réaffirmation de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen) a, je présume en tout cas qu’on pourrait l’arguer et il me semble que vous avez développé l’idée dans un cours que vous m’avez donné, suffit à des générations pour définir leur identité. Néanmoins, permettez-moi de vous demander, bien humblement, si ces valeurs sont toujours suffisantes à créer un lien affectif aussi fort entre concitoyens français qu’autrefois, pour reprendre plus ou moins votre expression? Ou formulé autrement, en dehors de tout agenda politique du gouvernement actuel, le débat en question n’a-t-il peut-être pas tout de même lieu d’être, dans la mesure où il semblerait que le lien social soit de plus en plus cloisonné par les différentes « strates sociales » (désolé, je n’ai pas trouvé mieux) et de plus en plus hermétique à la logique nationale/nationaliste?
    (Désolé, j’ai conscience que je ressors un vieux sujet, je viens seulement de lire votre article, mais je crois le sujet toujours plus ou moins d’actualité, malgré sa suppression de l’intitulé du ministère en ayant la charge)
    Respectueusement.

    Commentaire by Charles Ancelle — 9 décembre, 2010 @ 3:02

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