Europa Linka

12 février, 2010

- Ne jamais oublier, ne jamais pardonner, quelle identité israélienne?

Classé dans : A voir et à  manger,Et mon courroux coucou,Politique — europalinka @ 13:54

Le documentaire qui vous est ici proposé est discutable à de nombreux égards mais ces égards ne nous concernent pas. Un film réalisé par un juif israélien sur Israël et les lobbys juifs américains s’inscrit dans un débat  politique israélo-israélien. Mais ce que montre le documentaire ne laisse pas de sidérer.

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La fin du reportage Defamation de Yoav Shamir est absolument édifiante. On voit que le devoir de mémoire est réorienté, mis en scène par ceux qui encadrent les voyages dans les camps d’extermination et les camps de concentration. Le jeune homme veut ressentir ce qui motive la phrase « Ne jamais oublier, ne jamais pardonner ». On peut largement comprendre cette motivation. Une souffrance immense a traversé sa famille et dans une démarche qui refuse le déni, ce jeune homme veut ressentir ce qui motive le refus du mal absolu, le refus du mal moral.Mais il faut voir ce que cette démarche devient, notamment lorsqu’elle concerne 30 000 jeunes gens israéliens par an. Le devoir de mémoire devient le lieu de délimitation de l’identité israélienne, identité violemment exclusive. On voit la guide du groupe informer les jeunes gens que ce voyage ne permettra pas le mélange avec les populations locales « parce qu’elle n’aiment pas les juifs, elles ne nous aiment pas ». Un journaliste du journal quotidien Yediot Aharonot nous explique que la France est antisémite, l’Angleterre est antisémite, l’USA sont antisémite,le monde arabe est tout entier antisémite, l’Europe est antisémite, la Lituanie est antisémite.

Ce documentaire produit probablement des simplifications et des raccourcis mais il nous montre crûment la construction concomitante d’une identité nationale et d’une définition du monde. Un monde binaire. Une distinction très clair entre un espace hostile, illégitime, coupable et l’espace clos du territoire national. Encore une fois, il est probable que de nombreux israéliens ne se reconnaissent pas dans ce film mais on parle du principale quotidien israélien et du grande partie de la jeunesse locale. D’une certaine manière, la société israélienne exige de sa jeunesse qu’elle absorbe le souvenir de la shoah pour construire son identité, mais par ailleurs, elle exige de ces mêmes jeunes qu’ils oublient tout ce qui, dans le monde, re lève ou a relevé de la solidarité envers les juifs ou envers l’état d’Israël. 

 Il s’est bien trouvé des gens pour lutter contre les Nazis, il s’est bien trouvé des peuples pour donner aux juifs lettrés une place importante (et qui leur revenait) dans les sphères intellectuelles, politiques et économiques, la notion même d’intellectuel est née en France dans un combat contre l’antisémitisme (l’affaire Dreyfus). Il existe en Israël une mémoire des « Justes » à travers le monde mais elle semble anecdotique au regard de ce rapport intense à la haine de l’autre. On se frotte à cette haine imaginaire pour fonder son identité. Je dis « imaginaire » parce que justement, on ne se frotte pas à la haine antisémite incarnée, les groupes ne rencontrant pas les populations locales. L’antisémitisme existe, marginal en Occident, omniprésent en Orient mais le travail social  que ce documentaire nous donne à voir produit un raccourci extrêmement dangereux. On se rend compte comme toute altérité est immédiatement disqualifiée comme puissance haineuse, comme un archaïsme barbare et inhumain. Tout adversaire politique est un ennemi irrationel, raciste et coupable.

La construction de la mémoire collective devient sous nos yeux la construction d’une haine collective et pour tout dire, d’une autarcie collective, d’un autisme national.  

 

Alexandre Duclos,

Paris, le 12/02/10.

Un commentaire »

  1. Raphael Koster

    Merci pour ce post très intéressant. Le film est à la fois séduisant et ambigu, surtout lorsqu’il laisse entendre que l’antisémitisme n’existerait pas… Heureusement que tu précises dans ton commentaire que ce n’est bien sûr pas le cas. Ce qui se pose ici, je crois, c’est la question de l’identité israélienne. Israël n’existe-il qu’en réaction contre l’antisémitisme? On a tendance ici à répondre un peu trop vite « oui ». Or, de même que les Etats-Unis ne peuvent se réduire à leur Droite Républicaine, on ne peut limiter Israel à un patriotisme de cette nature. Même le Sionisme, quand on s’y intéresse d’un peu plus près, se révèle plus profond, moins radicalement manichéen que ce qui est suggéré ici.

    Commentaire by Raphael Koster — 12 février, 2010 @ 15:34

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