Europa Linka

3 mars, 2010

-Destinée arbitraire, ou Robert Desnos cheminant entre deux guerres

Classé dans : Pour les Papouètes — europalinka @ 0:47

C’est le titre d’un recueil de Robert Desnos que j’ai entre les mains et que j’ai l’intention de partager un peu. Habitué à la puissance inqualifiable du Corsaire Sanglot, je suis resté étonné par ces autres notes de Desnos, innocentes et habituées du terrible. Il nous dit : »quand la mort sur mon sein posera ses balances / J’espère, jours d’amour, que vous l’emporterez. Suivons-le un peu.

robertdesnos1257408307.jpgdesnosrobert1.jpg

Le mort qui parle

« Quand j’ai perdu ma bien-aimée

Elle était si fraîche

Que j’admirais d’avance son visage

Sous les voiles de deuil

je perdis du même coup

Mes trois enfants

mon buffet directoire

mon salon Louis XV

Et ci et ça et bien d’autres choses

Et toute ma fortune

Voilà ce qu’il dit le mort

En somme Il avait perdu la vie

De quel droit parlait-il ainsi

Qui l’avait autorisé à prendre la parole?

On se demande de quoi les morts se mêlent maintenant

Pourquoi parlait-il

De quel droit

Quel insolent ce mort! »


(Youki, 1930, Poésie)


Le canapé de Paméla


« Le canapé de Pamela

Le Panapé de Camela

Le Panala de Camépé


Est un beau canaquois

Est un nabeau est un naquois

Charmante Panapé

Charmante Paméla


Le charme de Paméla

Le charme du canapé

Il est passé par ici

Il repassera par là

C’est un nabeau, c’est un naquois

Charmante Paméla

Délicieux canapé. »


(Youki, 1930, Poésie)


Suicidés


« Pendus, égorgés, empoisonnés,

Voici la foule des suicidés;

Le chemin se hérisse, il a la chair de poule.


Poignardés, noyés, précipités,

Brisés par les roues du train,

Suicidés vous n’avez pas gagné.


Vous avez perdu

Frères! Frères perdus

Qui donnez le mauvais exemple. »


(Etat de veille, 1936)


Terre


« Un jour après un jour

Une vague après une vague.

Où vas-tu? Où allez-vous?

Terre meurtrie par tant d’hommes errants!

Terre enrichie par le cadavre de tant d’hommes!

Mais la terre c’est nous,

Nous ne sommes pas sur elle

Mais en elle depuis toujours ».


(Etat de veille, 1936)


Mais en guise d’apéritif pour d’autres lectures, voilà une amorce de bouleversement, quelques lignes de Ce coeur qui haïssait la guerre, fin 1944:


« Ce coeur qui haïssait la guerre, voilà qu’il bat pour le combat et la bataille !

Ce coeur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit

Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haine

Et qu’il mêne un tel bruit au cerveau que les oreilles en sifflent. »


La suite une autre fois

 

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