Europa Linka

20 mars, 2010

Elections en profondeur

Classé dans : Essai théorique,Intempestifs,Politique — europalinka @ 16:14

Dans Anthropologie politique, Georges Balandier propose une assertion fort simple : la meilleure ruse du politique, c’est de ritualiser la contestation. La cinquième république est à cet égard un régime extraordinairement rusé. Cependant, un problème subsiste. La ritualisation de la contestation détourne l’attention des transformations profondes du pouvoir politique.

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Il existe plusieurs rituels plus ou moins efficace pour contester en cinquième république.  Trois peuvent retenir notre attention : la grève, la manifestation et l’élection. Ces trois moyens sont légaux, s’expriment dans des formes traditionnelles, engagent des représentations habituelles (les grèves des transports sont des « prises en otages » des usagers, les manifestations suivent des trajets rituels, avec des slogans qui se transmettent de génération en génération, notamment le fameux « ce n’est qu’un début, continuons le combat » ou bien plus simplement l’émouvant « tous ensemble tous ensemble ouais ouais.). La modification de ces modes de contestations a ceci de stupide qu’en les rendant réellement inoffensifs, la réforme suscitera mécaniquement des formes de contestations moins ritualisées et donc moins aisément maîtrisables (manifestation sauvage, prise d’otage de biens ou de personne, actes désespérés…).  

 

Les élections en revanche sont relativement stable, et les manipulations de la carte électorale n’y changent rien. En votant, on se donne théoriquement le droit de choisir collectivement  les personnes et les idées que l’on souhaite voir animer l’état. L’état ne changera pas, mais les politiques s »adapteront aux convictions et aux désirs du peuple souverain. La contestation du peuple consiste dans son pouvoir de démettre ceux qui exercent le pouvoir, au terme d’un mandat court (cinq ans ou quatre ans). Mais le peuple peut-il encore démettre ?

 

Si le peuple voulait par exemple démettre, non pas la république, mais l’exercice libéral de la politique, s’il souhaitait que la France ne soit plus une démocratie de marché, que pourrait-il faire? Voter. Il pourrait par le vote produire cette transformation de la distribution des biens et des statuts. Le vote peut beaucoup, chasser des royalistes à la naissance de la troisième république, provoquer une renationalisation de grande entreprise en 1981, susciter la création d’un ministère de l’immigration et l’identité nationale, ou même produire l’élection d’un Adolph Hitler. L’oublie de cette puissance de l’élection est probablement ce qui suscite la progression de l’abstention (nous fûmes moins nombreux à voter qu’à nous abstenir la semaine dernière).  Par le jeu politique, l’alternance et le jeu médiatique, il s’est produit une neutralisation du vote. Il me semble que l’on ne peut imputer cette castration des citoyens à un vilain état tyrannique. Il paraît plutôt que les citoyens se sont progressivement désaisis de leur propre pouvoir de contestation, trouvant le rituel inopérant, illégitime. On dédaigne ce genre de contestation.

 

Cela n’est pas anodin et on pourrait l’interpréter ainsi. Chaque abstention volontaire est une mise en cause du rituel de contestation et par conséquent, une contestation de la nature du pouvoir lui-même, contestation de l’état et non des bleus ou des roses.  Chaque abstention consciente exprimerait donc une perte de crédit, non pas de tel ou tel mais du mode de régulation des conflits républicains et la ruse que ce pouvoir a déployé pour pouvoir se maintenir. 

 

Evidemment, après la ritualisation, on peut passer à l’étape suivante, la virtualisation. Encore une fois, ce n’est pas un état tyrannique qui impose cette transformation mais bien au contraire la société civile dans un élan d’émancipation. Etonnant, non ?
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Salut et joie,

La rédaction.

Un commentaire »

  1. europalinka

    Nouvel élément de ritualisation de la contestation, les éléments de langage, répétés sur tout les médias, dans toutes les régions, et un nouvel élément de novlangue : le vote-alerte. Cher électeur, tu ne votes pas contre moi, tu me demandes des résultats parce tu es un peu inquiet, pauvre ami, mais devant cette belle demande de résultats, je te promets de belles réformes qui te dépouilleront définitivement.

    Commentaire by europalinka — 21 mars, 2010 @ 20:50

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