Europa Linka

12 avril, 2010

-Travail gratuit ou esclavage sponsorisé par l’état?

Classé dans : Intempestifs,Non classé — europalinka @ 13:08

Qui connait l‘évaluation en milieu du travail préalable au recrutement (EMTPR)? Voilà un beau dispositif mis en place par Pôle Emploi pour mettre à la disposition des entreprises qui le souhaitent des travailleurs pour une durée de 40 heures payées par l’état, c’est à dire par les contribuables.

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Il faut clarifier cette situation. Une entreprise utilise une personne payée par Pôle Emploi, c’est à dire bénéficiant de ses droits pour lesquels il ou elle a cotisé. Elle dispose donc de quarante heure de travail gratuit. Cette période correspond théoriquement à un essai mais l’essai, qu’il soit concluant ou non, peut donner lieu à une embauche ou à un congé, sans qu’aucune forme de contrainte ne vienne troubler la décision de l’entreprise. Une telle situation est scandaleuse à plusieurs titres.

 D’une part, elle fait des chômeurs une population corvéable gratuitement, par petite touche, ce qui correspond aux besoins de certaines entreprises (les vendanges n’en demandent pas tant, de même que certains chantiers. 

D’autre part, cette période d’essai rend encore plus vulnérables ceux et celles qui cherchent un emploi. En tant que demandeur d’emploi, ils ou elles auront des conditions plus précaires que quiconque pour mener à bien leurs recherches dans un marché du travail déjà envahi par les périodes d’essai fictives, visant simplement à précariser le travail ou pour le dire en langage de manager, pour adapter les ressources aux modernes aux objectifs de rentabilité.  

Enfin, elle inverse les rapports entre les entreprises, les travailleurs et les travailleuses et Pôle Emploi. Ce dernier devient clairement un prestataire de service pour les entreprises. Or cette agence nationale pour l’emploi est une institution nationale, financée par l’impôt du peuple et elle est en principe une structure destinée à accompagner les chômeurs dans la jouissance de leur droit au chômage. Ici, la fusion entre les Assedic et l’ANPE (l’agence d’indemnisation et l’agence pour l’emploi) se fait au détriment d’un des pôles.  En organisant le travail précaire, l’état tire vers le bas le marché du travail. Plaçant les individus dans un état de culpabilité et de fragilité, l’état constitue une réserve de main d’oeuvre bon marché. Cet effort est mené sur deux fronts : la population immigrée, de préférencer sans papiers et les travailleurs (ses) pauvres. 

Accepter une telle situation revient à admettre que le rôle de l’état est d’accroître les inégalités et de ne favoriser que la croissance des profits (non la croissance de la richesse individuelle). Parfois, je m’interroge tout de même sur la candeur imbécile des responsables de l’action publique. Il convient toujours de partir de l’idée de la bonne foi de l’adversaire. Dans une telle hypothèse, le bouclier fiscal, l’Emtpr, les subventions aux entreprises, l’illimitation de l’action de l’aristocratie financière repose sur un pari de bonne intention. L’état libéral fait le pari qu’en favorisant la classe des entrepreneurs, ces derniers feront un effort pour produire cette richesse et que cette richesse retombera en dernier lieu sur le pays tout entier. Les inégalités produirait ainsi plus de richesses pour tout le monde qu’un mode égalitaire de répartition des biens et des statuts. Cette posture qui fonde la théorie libérale du marché du travail parait complétement détachée de la réalité. En effet, les entreprises, au lieu d’injecter leur argent dans la production ou dans la masse salariale préfèreront souvent augmenter les dividendes, augmenter les investissement boursiers, placer l’argent (…), bref chercher pour leurs fonds une valorisation financière plutôt que les vouer à un travail social.

 

Comme disait Bourdieu, une telle démarche est à la fois immorale et bête. Bête en ce sens que les richesses gagnées sur le dos du travail sont perdues dans les efforts de plus en plus intenses que les riches doivent déployer pour préserver leur sécurité, face à une société miséreuse. On payera des caméras, des vigiles, des policiers, des pots de vins, des ghettos de luxes voire même des guerres en dernier ressort pour avoir le plaisir de faire des bulles. L’exemple de France Télécom sur lequel Europalinka a produit une abondante littérature pourrait constituer un cas nouveau. Si le coût humain et social des politiques de management matérialisé dans les suicides, si la destruction du sens du travail ont une réalité juridique et aboutisse à la condamnation des directions, alors une première pierre sera posée dans la prise de conscience des dangers du néo libéralisme pour le devenir humain.    

 

PS : en sus, voilà l’article de Libération contenant l’information. Pour une fois que Libération sert à quelque chose.

« Ces chômeurs qui travaillent cinq jours «gratuitement» (Denis Carlier)

 

Un dispositif de Pôle emploi permet aux entreprises de tester un demandeur d’emploi pendant 40 heures: l’entreprise ne paie rien, le chômeur touche son indemnité. Polémique.

Pour les entreprises, c’est tout bénéfice: tester un demandeur d’emploi sans le payer pour voir s’il fait l’affaire. L’idée fait polémique depuis plusieurs jours, et les témoignages affluent de demandeurs d’emploi exploités par des chefs d’entreprise peu scrupuleux puis renvoyés sans un merci.


En cause: le dispositif d’Evaluation en milieu du travail préalable au recrutement (EMTPR), qui propose à un demandeur d’emploi en reconversion de travailler un maximum de 40 heures sur cinq jours en ne percevant que son indemnité chômage — et non un salaire de l’employeur. Avec tous les risques d’abus que comporte ce système.

 

En fait, le dispositif existe depuis de nombreuses années. Dès 2003, l’association Agir contre le chômage (AC!) la dénonçait dans son principe, conjointement avec l’Evaluation en milieu du travail (EMT) qui s’apparente à un stage dans le cadre d’une réorientation professionnelle. «Un intérêt médiatique est né mais nous en parlons quotidiennement depuis bien longtemps», s’étonne-t-on à Pôle emploi.

 

Le lièvre a été levé en mars par Gaël Guiselier, auteur sous pseudonyme d’un ouvrage sur les coulisses de Pôle emploi (1). Passé de l’autre côté du comptoir d’accueil de l’organisme public après une longue période de chômage, il s’était lui-même vu proposer une EMT en 2002, suite à une formation en informatique. «Ces dispositifs constituent une bonne idée, estime-t-il, mais ils tendent à être détournés de leur objectif premier par certaines entreprises».

 

«Si jamais on s’aperçoit d’un non-respect de la convention, on rompt immédiatement les liens avec l’entreprise fautive», se justifie-t-on à Pôle emploi. Mais le bilan a rarement lieu selon Gaël Guiselier, et quand un demandeur d’emploi se plaint du non-respect de la convention signée, c’est souvent parole contre parole. De quoi se sentir impuissant: «Si les plaintes deviennent récurrentes, je peux arrêter de proposer des EMTPR, mais l’employeur peut alors toujours passer par le biais d’un autre conseiller», explique-t-il.

 

Selon les chiffres de Pôle emploi, 30 000 EMT et 80 000 EMTPR ont été effectuées en 2009, avec concernant ces dernières un taux d’embauche de 50% dans les secteurs les plus recruteurs, comme la restauration. Aucun chiffre n’existe sur le dévoiement de cette méthode d’évaluation, mais cette réalité sur situerait «à la marge».

 

Plusieurs secteurs seraient pourtant concernés, comme l’agriculture en période de cueillette ou la grande distribution pour des tâches d’inventaire ou de mise en rayon. Sans nier que des abus puissent survenir, Jean-Eudes du Mesnil, secrétaire général de la CGPME souligne que les PME ont très peu recours à ces dispositifs qu’il juge «relativement anecdotiques».« 

 

(1) Confessions d’une taupe à Pôle emploi, en collaboration avec Aude Rossigneux, Calmann-Lévy, 2010.

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