Europa Linka

9 mars, 2009

-Quelques pas avec Camus en temps de crise

Classé dans : Politique — europalinka @ 5:59

« Je suis avare de cette liberté qui disparaît dès que commence l’excès de biens ». Cette proposition de la préface de L’envers et l’endroit n’est pas une invitation à une quelconque forme d’ascétisme. Albert Camus illustre simplement un point : l’appétit immodéré de possession, l’envie, la guerre économique réduisent le sujet. Ils en font un simple agent économique. « La pauvreté telle que l’ai ressentie ne m’a donc pas enseigné le ressentiment mais une certaine fidélité, au contraire, et la ténacité muette ». Voilà qui lui permet de revenir avec simplicité à son idéal de justice sociale; c’est parce qu’il ne circonscrit pas sa vie mentale à l’envie qu’il est capable de revenir à une exigence presque sensuelle de justice. Il ne s’agit pas d’abandonner la lutte : « Au contraire, lorsque la pauvreté se conjugue avec cette vie sans ciel ni espoir qu’en arrivant à l’âge d’homme, j’ai découverte dans les horribles faubourgs de nos villes, alors l’injustice dernière, et la plus révoltante est consommée : il faut tout faire en effet pour que ces hommes échappent à la double humiliation de la misère et de la laideur ».

Ce texte étrange, sublime, à la fois art poétique et éthique par provision suggère au détour d’un paragraphe que pour garder intact sa faculté d’indignation devant la justice, il doit se débarrasser de la gymnastique de l’envie. Comme on est loin du travailler plus pour gagner plus, du citoyen réduit à une qualité de consommateur, d’agent économique et technique sommé d’ingérer ce qui est produit collectivement. Si l’on suit l’intuition de Camus, alors on doit comprendre que celui qui s’adresse au consommateur avant de s’adresser au citoyen détruit en même temps la faculté de résistance de celui ou de celle à qui il s’adresse.

« Pendant huit jours, il y a longtemps, j’ai vécu comblé de ce monde : nous dormions sans toit, sur une plage, je me nourrissais de fruits et je passais la moitié de mes journées dans une eau déserte. J’ai appris à cette époque une vérité qui m’a poussé à recevoir les signes du confort ou de l’installation avec ironie, impatience, et quelque fois avec fureur. Bien que je vive maintenant sans le souci du lendemain, donc en privilégié, je ne sais pas posséder ». S’il ne sait pas posséder, Camus montre dans ce court texte qu’il sait encore se tenir debout devant les humains, parmi les humains, épris de son souci de justice. Que sa parole trouve ici un relais humble et sincère.

Alexandre Duclos

Québec, le 09 mars 2009.

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