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2 mars, 2009

-Digression pour l’exemple

Classé dans : — europalinka @ 6:37

Lettre à l’autre.

New York, Le premier mars 2007

Qui es-tu ? Pourquoi viens-tu vers moi ? Comment as-tu existé ? Pour quelles raisons es-tu sortie du néant ? Pourquoi es-tu restée sur la terre ? Pourquoi as-tu poursuivi ton voyage à travers le monde biscornu ?

Je ne sais pas, j’ignore totalement comment te remercier. Ton existence est un cadeau. Un cadeau et une question. Cette question m’offre un espace, un interstice ou mon amour, mon agressivité, ma force et mon imagination peuvent croître. Sans toi, je serai seul. Sans toi, je ne pourrai pas vivre, manger n’aurait aucun sens. Sans toi, il n’y aurait pas de beauté ; il n’y aurait pas de temps.

Sans toi, il n’y aurait que la parole et la souffrance.

J’ai besoin de toi. J’ai besoin de toi, de ta présence ; de ton absence. Tu es une partie de mon être. Sans toi, je suis mutilé. Ton existence est fragile. Tu dois être dans le même temps présente et absente, douce et blessante, lisse et déchirante.

Me laisseras-tu te dire ? Mon équilibre en dépend. Mon équilibre c’est à dire le sens de ma vie. Je n’aime pas l’inanité. C’est toi que j’aime, que j’aime depuis que j’existe. Cet amour fait partie de moi, il te précède, mais tu l’as dépassé, tu l’as enrichi, bouleversé.

Je ne peux rien négocier avec toi. Rien mégoter, barguigner, discuter, imposer, tordre. Avec toi, je ne peux pas mentir. Je ne peux pas prendre du recul. Mon regard, lorsqu’il s’adresse à toi, doit être droit, égal, dégagé.

Avec toi, en ta présence, tout doit se passer dans une intuition commune. Je voudrais te rencontrer pour la première fois et pleurer, à deux, en silence. J’ai toujours su que cela se passerait ainsi entre nous.

Tu es multiple. Tu es infinie. Te rends-tu compte de notre ignorance ? Nous nous ignorons sans cesse. Tu m’as offert des regards, dix fois, cent fois, mille fois, et je te dois l’espoir, mais à chaque fois, ton regard à glissé vers toi-même, vers ta multiplicité. Nous aurions pu nous aimer incessamment, infiniment, dans l’illumination de la confiance.

Dix fois, cent fois, mille fois, je me suis adressé à toi, diffusé en toi, mélangé à toi, mais chaque fois, j’ai glissé vers moi-même, vers ma multiplicité. Nous aurions pu nous aimer incessamment, infiniment, dans l’illumination de la confiance.

*

Lorsque je me vois incapable de t’aimer, je n’ai même pas la force de me haïr ou de me mépriser. Je suis perdu, tout simplement. Je souffre dans l’errance et l’obsolescence, je reste au fond de mon crâne, sur le poteau central de l’âme. La vie est triste, bafouée, barbouillée, remplie d’un vent sale. Pourquoi m’arrive t’il de ne pas pouvoir t’aimer ?

Je cherche des mots précis et pleins. Je te dois cela. Je me dois à toi. Si je t’écris que je te sens disparaître, c’est bien de cela qu’il s’agit. Ton, effacement, ta dissolution, ta dissimulation, ta fuite, ta disparition, voilà ce dont il s’agit. Je t’aime sans pouvoir t’aimer, sans puissance, sans contact et peut-être, qui sait, sans amour…

V

La première fois que je t’ai rencontrée, tu étais une mère pour moi. Une mère diffuse comme la lumière dans l’eau et dans le ciel du soir. Tu étais un piédestal fabuleux, une énergie puissante et rapide. Jamais je ne t’ai adressé de chant d’amour. A peine quelque mot de reconnaissance. Une seule fois, je t’ai prise dans mes bras, en te quittant, en arrachant mon existence à la tienne.

Tu m’as lancé si loin dans la vie pour que je ne me retourne pas, pour que je ne te doive rien, pour que je sois libre. Tu voulais pouvoir ouvrir les yeux et te dire : cet enfant est un poète. Il aime la vie. Tu as gagné ton pari infini.

Je suis projeté dans le monde et je l’embrasse goulûment. Parfois une pirouette, une danse pour éviter, parfois un coup d’épée monstrueux, je poursuis le mouvement que tu m’as imprimé.

La vie n’est pas si longue que je puisse oublier cela. Le don que tu m’as fait est à l’échelle de ma vie. C’est ma vie.

Qui peut dire : « J’ai traversé le monde et je l’ai contemplé d’un regard joyeux, amoureux et sincère ? ». Quiconque. Quiconque a eu les yeux ouvert par la main douce d’une mère peut regarder le monde ainsi.

Tu es un principe de simplicité. Rien n’est plus simple que de t’être loyal.

Tu es à l’extérieur de moi. Tu n’est pas moi.

Tu n’es pas moi, comme le ciel n’est pas l’oiseau et comme le temps n’est pas la mélodie. Et c’est l’usage chez les humains que les mélodies se fassent passer pour du temps, afin de faire naître d’autres mélodies, qui apprendront à leur tour l’art du déguisement.

Tu as voulu m’apprendre la fidélité et la dignité, le courage et le désintéressement, la fragilité et l’art de s’oublier. Le monde avec toi est amical, immense et surprenant. Pas un instant de ma vie je n’ai regretté le monde de tes yeux, celui que tu m’as transmis.

IV

La seconde fois que je t’ai vu paraître, tu étais armée jusqu’au dent, rongée par des sentiments importés, lunatiques, passionnés, violents, violents, violents. Je me suis battu avec toi. J’ai souhaité ta mort. J’ai regardé la mienne.

Je suis descendu dans l’antre bleue et noire, dans la fosse de bile, dans les parois poreuses. J’ai respiré l’air épais, subtil, et brûlant à la fois qui oxyde le monde spongieux et violent. J’ai rendu coup pour coup, puis plus. Je suis devenu violent moi-même. J’ai brisé des meubles, des murs, je me suis essayé sur toi et sur d’autres ennemis.

Puis je suis remonté à la surface des choses, épuisé, tremblant mais puissant et téméraire. Je ne supporte pas que tu me mentes, mais c’est à toi seule que je peux avouer. Quand tu es violente, je sens en toi une rigueur morale, un scintillement, un ascétisme qui me touche au delà de tout.

J’ai compris le sentiment de pureté au contact de ta furie. J’ai compris l’omniprésence de la souillure. Rassures-toi. Ce n’est qu’un sentiment, qu’une confusion entre la fatigue et le mauvais sort.

Tu es l’étranger perpétuel, proche, distant ; une source orientée vers un cours infini.

Je te respecte maintenant, dans cette horreur de force et de frustration. Tout ce que tu ne peux pas dire, moi je peux te l’écrire, et je te dois cette faculté.

La vie n’est pas si longue que je puisse oublier cela. Le don que tu m’as fait est à l’échelle d’une vie. C’est ma vie.

A travers ton déchaînement, à travers ma concentration, j’ai découvert ce que c’est que le mouvement, ce que c’est que la volonté, le désir puissant et la rage toute puissante.

Qui peut dire : « J’ai traversé le monde sans peur d’être blessé, avec un regard droit, tenace et doux, cette douceur du guerrier. » ? Quiconque. Quiconque aura eu les yeux ouverts par la sincérité amère de la violence familière.

Tu es à l’extérieur de moi. Tu n’es pas moi.

Tu as voulu m’apprendre l’énergie et la rigueur, la transcendance et l’écriture, la violence et la démesure. Pas un instant de ma vie, je n’ai regretté le monde de tes yeux, celui que tu m’as transmis. Je l’ai vaincu puis accueilli. Il est tenu aujourd’hui, entre deux eaux, entre tout.

III

Tu es devenue. Tu t’es transformée. Ta présence s’est faite délicate, voisine, complice, impliquée, rusée, ondine, aquatique.

J’ai mis un temps fou à te comprendre. Mon amie, maintenant, mon cœur se voit plein d’une lumière inaltérable. Nous sommes le même air, la même chaire. Seuls tes cheveux mêlés se distinguent des miens. Et le cours de ta vie…

Des fleuves qui se croisent sans cesse, nos vies réinventent le parallélisme.

Quand nous sommes ensembles on peut voir des petits éclairs entre nos têtes. Ce courant léger et permanent donne un espoir stupéfiant.

Avec toi, l’horizon éclate vers le haut. Il n’y a personne qui me connaissent mieux que toi. Tu es ma sœur, mon frère, mon amie éternelle. Comment se peut-il que tu existes ? Comment se peut-il que tu sois disponible à l’amitié ? La providence n’y est pour rien mais cela y ressemble parfaitement.

Tu es belle. Je ne te mérite pas mais nous pouvons rêver ensemble. Grâce à toi, je peux être fidèle, je peux être toujours à tes côtés. Te soutenir est un plaisir définitif.

Je t’appartiens. Nous sommes mêlés. Ce mélange a traduit le mot humanité dans une langue audible. Tu sera heureuse, et j’y veillerai d’aussi près que la pudeur le permet.

Ressens avec acuité le sentiment de notre bienveillance. Aimes-tu cette pause dans la vibration du rêve ? Nous partageons les rêves depuis plus de vingt déjà. Un amour de vingt ans est au dessus du ridicule. Un rêve partagé pendant vingt ans est au delà du plaisir. C’est un envol pur, une transcendance immédiate.

Je veux te dire encore le plaisir que j’ai à penser à toi. Chaque ligne que je te destine apporte une jouissance évidente. Le rythme de la pensée que nous partageons est adorable.

La vie n’est pas si longue que je puisse oublier cela. Le don que tu m’as fait est à l’échelle de ma vie. C’est ma vie.

Qui peut dire : « J’ai traversé le monde accompagnée d’amies, comblé de bienveillance et de juges agréables. » Quiconque. Quiconque aura eu les yeux ouverts par des amies tendres et fidèles.

Vous êtes à l’extérieur de moi. Vous n’êtes pas moi.

Vous n’êtes pas moi mais vous m’avez apporté une identité et un cœur, une enfance légère et fluide, un éclatement amoureux de la pupille.

II

Et toi alors, mon épaule, mes bras, mon cœur, ma jeunesse, mon ami. Comme je te retrouve souvent, comme tu es précieux à mes yeux. Tu es là, juste un peu plus, toujours un peu plus que tout le reste.

Avec toi, je fais l’expérience de l’excès. Tu déplaces la parole et l’action dans des espaces inouïs. Tu bois, tu plies, tu gueule, tu hurles avec moi sur les esplanades urbaines, lorsque l’aube nous laisse ivres morts.

Avec toi, je fais l’expérience du voyage. Tu ne te laisses jamais ignorer, tu ne te laisses jamais résoudre. Je t’ai cherché si longtemps et je te cherche encore. Tu es à la hauteur de mes rêves. J’ai toujours rêvé d’un ami comme toi.

Le temps avec toi est totalement différent. Il n’est plus linéaire. Tu peux être à Buenos Aires, à Helsinki, ou à New York, nous ne nous écrivons pas à Noël et pourtant nous sommes toujours présent l’un à l’autre.

Combien de fois as-tu infléchi le cours de ma vie ? Qui serais-je sans toi ? Je n’en sais rien et peu importe mais ce qui est clair, c’est que je suis modelé par toi, appelé par toi, charpenté par toi.

Tu es superbe, presque comme un dieu, mon ami. Ton visage donne une meilleure image de mes années que n’importe quoi d’autre.

Tu es le surgissement simultané de l’aventure et de la chaleur.

Va savoir pourquoi nous nous sommes choisis…Va savoir ce que nous attendons l’un de l’autre. Nous ne partageons pas de rêve mais une vie, parfaitement concrète, solide, éclatante.

Tu m’as trahi, une fois ou deux. Par ce détour, tu t’es rendu encore plus cher à mes yeux. Tu m’as causé les larmes les plus pures qui soient sorties de mes yeux fatigués. Tu m’as fait balancer sur la ligne faible et vertigineuse du sens de toute chose. Nous nous sommes incarcérés parfois, dans les rets de notre jalousie. Je t’ai frappé parfois, mon ami, et tu m’as appris le pardon.

Mais de ton amour, de ta présence, de cette chance extraordinaire, rien de néfaste ne pouvait naître. Nous nous aimons mieux que jamais.

La vie n’est pas si longue que je puisse oublier cela. Le don que tu m’as fait est à l’échelle de ma vie. C’est ma vie.

Qui peut dire : « J’ai traversé le monde en riant calmement avec l’ami que j’aime, au creux de sa confiance ». Quiconque. Quiconque aura eu les yeux ouvert par un ami attentif et providentiel.

I

Et puis il y a toi, l’autre, celle à venir, que j’ai choisie sans la connaître encore.

Lorsque l’on se rencontrera, on s’arrêtera en souriant. Ta joue aura un frisson poursuivi entre tes oreilles et ton cou.

Le temps nous fera balancer entre le printemps et l’automne. Il y aura des feuillages et du vent et des écharpes légères. Je poserai ma tête sur tes genoux ; ce sera le moment d’une grande respiration intérieure.

A chaque fois que je te croise fugacement, tu me rends étranger à moi-même. Depuis que je suis capable de rêver, tu existes auprès de moi. La beauté à coté de toi n’est qu’une idée confuse. Tu es bien plus belle que cela.

Tu es un dépassement de la souffrance. Les blessures s’oublient quand tu les effleures.

Tu m’as donné l’espoir élégant pour survivre à la solitude. Tu m’as donné le goût et le parfum. Tu m’as donné le doute et la chute. Tu m’as donné la poésie.

La vie n’est pas si longue que je puisse oublier cela. Le don que tu m’as fait est à l’échelle de ma vie. C’est ma vie.

Qui peut dire : « J’ai traversé le monde avec toujours devant les yeux une lumière claire, amoureuse et tremblante. En la suivant j’ai parcouru une diagonale heureuse. » Quiconque. Quiconque aura eu les yeux ouverts par une amante immense et claire.

Tu es un pont diamantin entre le monde et le possible. Nos enfants l’apprendront dans un bonheur écarquillé.

*

Je te jure que je t’aime et que je suis pour toi , respectueusement,

L’Autre.

POST – SCRIPTUM

On apprend aux enfants à dire merci. Adulte, on apprend à le penser, à éprouver le sentiment de la reconnaissance, à le fréquenter. Voilà une lettre ouverte de reconnaissance à l’autre, au principe de l’altérité, à tous ceux qui sont mes semblables sans être pareils à moi. Ce poème épistolaire s’inspire de la question suivante : « Est-ce que en France, aujourd’hui, nous avons une idée claire de la raison pour laquelle nous vivons ensemble ? ».

Serait-ce parce que nous sommes interdépendants ? Parce que nous sommes envahis de besoins techniques qui nous lient les uns aux autres ? Pour une part, peut être.

J’ai besoin dans la même journée de l’usine de cafetière, de l’usine qui fournit le courant électrique, du conducteur de bus, des fabricants de chacune des composantes du bus…et d’une infinité d’action coordonnées par la foule des gens qui s’affairent autour de moi. Mais cette réponse est insatisfaisante.

Si des humains doivent vivre ensemble, ils sont dans la nécessité de produire du sens, du sens à proprement parler humain. Sans cela, ils sont tétanisés par la peur, ils sont terrorisés à l’idée d’être manipulés par une machine globale, par un mécanisme infernal.

Les êtres humains sont ainsi fait qu’ils aiment avoir le sentiment qu’ils pourraient être à l’origine de leur identité et de leur action. Pour cela, il faut du sens humain, et plus que des déterminations techniques et rationnelles.

Le mot humain est un adjectif. Un adjectif qualificatif dont les connotations devrait être purement laudatives. Aujourd’hui, on s’en sert comme une excuse, comme l’explication de l’imperfection. ‘Ce qu’untel a fait est bien regrettable, mais c’est humain d’avoir agi ainsi’. Mais enfin, que connaît-on de mieux que l’humanité ? Aussi inconfortable que soit cette position, il faut bien reconnaître que l’autre est aimable ; Nous avons besoin de nous aimer nous-mêmes.

N’avez vous jamais envie de pleurer en redécouvrant soudainement que telles ou telles personnes agissent avec une bonté pure, avec justesse et désintéressement. Le cynisme est une arme faible qui ne demande qu’à fondre en larme. Mais lorsqu’il s’est incrusté, il ne s’en va jamais tout à fait.

Il suffit de ne jamais oublier la beauté humaine, de s’en persuader sans cesse. Pourquoi faire ? Pour ne pas glisser dans la dépression, pour ne pas salir son âme par le mépris, pour ne pas la fatiguer par la haine, pour ne pas l’épuiser avant son épanouissement…

N’est-ce pas encore le seul moyen de ré enchanter le monde sans recourir aux dieux ? Ecoutes moi sincèrement : en quoi crois-tu encore ? Dans le plaisir ? Vas-tu mener toute une vie juste pour te masturber ? Tu crois en Dieu ? Mais quand tu parles avec moi, laisses de côté cette arme de guerre. En quoi est-ce que tu crois, c’est-à-dire, quel est le décors de ta vie ?

Toi que je croise dans un marché ou dans un bus, est-ce que nous avons le même rêve ? Si nous avions l’occasion de changer le monde librement, voudrais tu vivre dans le monde que je forgerais ? Voudrais-je vivre dans le monde que tu rêves ?

En réalité, le problème se pose tout autrement. Nous pouvons changer le monde librement et nous vivons dans nos rêves superposés.

Peut – être encore plus simple…Oui, on doit tout aux autres. Le décors, la distraction, le monde social et amical, la possibilité même de l’amour et de l’identité…Pourquoi est-ce que la reconnaissance envers ce dont immense n’est pas une forme banale et traditionnelle de civilité ? Cette reconnaissance envers autrui est pourtant une vraie source de jouissance. Elle permet de tout pardonner aux autres, de les aimer et de fait, de se sentir moins seul. Il suffit pour cela d’admettre qu’on est débiteur, redevable envers tout un chacun. On se doit aux autres.

*

Je t’entend répliquer : mais à quoi bon se mêler, à quoi bon créer plus de lien, je suis très bien seule et le monde fonctionne très bien ? Certes, tu as le droit de te cabrer, mais regarde attentivement l’état de choses.

Sans valeurs émouvantes, sans solidarité radicale, les institutions politiques n’ont ni signification, ni légitimité. A quoi cela nous sert-il d’avoir un état si ce surplus de communauté, cette solidification de l’émotion sociale n’est qu’une interface technique, un module de bonne gouvernance ?

Il y a là une véritable compétence, une langue inconnue et qu’il faut découvrir, un champ de renouvellement de la vie… Comment faire renaître un lien magique entre les membres de la communauté, entre nous ?

*

Comment m’adresser à toi qui vit dans le même espace que moi, dans la même temporalité, et qui pourtant reste hors de portée ? Quand je te rencontre dans la rue, tu prendrais mon regard accueillant pour celui d’un dément. Avec quelques raisons d’ailleurs.

Quand bien même j’arriverai à te rencontrer, est-ce que je pourrai te dire tout mon amour ? Serais-tu seulement capable de l’accepter ? Non. Toute ma vie témoigne de cette impuissance. Ce n’est pas grave. Echouer, c’est avoir une occasion de recommencer, et de recommencer encore, tentant sans cesse d’atteindre un but et échouant toujours.

Nous resterons entre humain et nous ne deviendrons pas des dieux. Nous resterons mentalement faibles, moralement imparfaits, touchés, tremblants, violents.

C’est sur ma reconnaissance envers toi que je fonde l’idée que nous pouvons changer le monde. Par ma reconnaissance, nous sommes indéfectiblement liés

*

J’ai cherché les mots les plus simples pour te parler. Je crois savoir le sens que je donne à cette retenue : Exister longuement dans la matière informe des sentiments et en faire quelque chose de transmissible.

Cette lettre n’a pas de but précis. Je ne veux pas te pousser à agir de telle ou telle manière. Je veux juste te faire une offrande : un chant d’amour calme et profond. Les cordes graves de mon esprit ont vibrés tout le long de cette lettre et je souhaite que tu ressentes cette onde rassurante.

As-tu remarqué cette musique lancinante, surannée et agréable à la fois qui accompagne, qu’on le veuille ou non, l’usage du verbe aimer ? Qu’est ce que ce verbe peut bien signifier, au fond ?

*

Quand je suis né, la terre a fait une fois le tour du soleil et la parole m’a été offerte. La première fois, la toute première fois que le sens est sorti de cette bouche, il a laissé une trace, un souvenir à l’autre. Cette bouche d’un an, souriant tout du long, a dit à l’autre : REGARDE.

Un commentaire »

  1. JHB

    Je suis un tourbillon
    Qui crache des postillons
    En maelströmant sur lui-même.
    Qui veut m’aimer m’aime !
    J’engueule les ouragans :
    La tempête me va comme un gant.
    Les amateurs de vent,
    A ma spirale rêvant,
    Se laisseront décoiffer
    Par mon souffle d’assoiffé,
    Pour mieux adorer l’Automne
    Où seuls les cyclones
    Rivalisent de mauvaise foi
    Avec la tornade qu’on appelle moi.

    Marc-Edouard Nabe
    Loin des fleurs ( Ed Le Diletante )

    Commentaire by JHB — 29 mai, 2009 @ 14:51

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