Europa Linka

13 janvier, 2010

-Nouvelle éthique

Classé dans : — europalinka @ 15:04

Depuis longtemps déjà, je suis animé par la conviction que la seule façon de réhabiter collectivement la République, de refonder une communauté politique, d’engager une discussion efficace entre les différents groupes de la cité, c’est de se donner une langue commune, une même façon de dire les choses. Pour ce faire, il faut commencer par le commencement et mettre entre nous des principes. Trouver une langue qui conviennent aussi bien à l’habitant de Neuilly qu’à celui de la Courneuve. Trouver une voie pour convoquer dans la discussion publique tous les citoyens, une langue qui miraculeusement, en créant les conditions du conflits politiques refonderait la cité. Je mets donc à disposition de tous ceux qui voudront bien s’y intéresser un jeu de principes, écrit dans la langue la plus claire possible, la plus directe, la plus élémentaire. Ils ont vocation à être contredits, discutés, moqués, dépassés. Ils souhaitent juste susciter la discussion sur les principes, exercice politique par excellence, accessible à tous et trop peu pratiqué. Bon travail dans cet exercice d’appropriation de l’élaboration de la constitution.

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Principes

Premier principe :

 

Un principe est au commencement et au commandement. (Il est primordial et ne peut surgir que d’un accord. Sa qualité élémentaire le rend aisément identifiable et applicable. Il définit les bornes d’un monde commun).

 

Deuxième principe : 

 

Dans un monde commun, la citoyenneté est un acte, un devoir et un statut premier. (Un énoncé public s’adresse toujours aussi au citoyen et non au consommateur, à l’électeur, aux membres d’un groupe particulier. Voter ne suffit pas à manifester la citoyenneté. Il faut encore témoigner d’un souci pour le monde commun et viser ce dernier par son action que ce soit dans la piété filiale, le militantisme ou le travail… En ne faisant rien pour en prendre soin, on participe de son effondrement).

 

Troisième principe :

 

Un monde commun surgit d’un conflit, d’un disensus qui est aussi, en même temps, l’alliance vivante entre les membres d’un groupe. (Le consensus substitue la gestion à la politique, la connectique à la civilité).

 

Quatrième principe :

 

Le monde commun doit être exempt de toute discrimination. On peut le nommer république. (La définition du monde commun est générée essentiellement par le mode de régulation des conflits dans la cité. Le monde comme monde commun fait immédiatement référence à la chose commune, res publica, qui seule permet de placer des principes explicites comme motif pour fonder une cité, un non un simple intérêt commun, bâti sur la somme des intérêts individuels).

 

Cinquième principe :

 

Par discrimination, j’entends toute inégalité d’accès à l’éducation, aux soins, au travail, à la justice, à la nourriture (…) due à une quelconque particularité (âge, sexe, origine, origine sociale, goût).

 

Sixième principe :

 

La propriété des outils de production est non discriminante. Elle ne peut légitimer des écarts de salaires ou de dignité. (C’est le travail qui doit être rétribué, pas la propriété. La propriété privée individuelle peut être infinie tant qu’elle n’est pas discriminante).

 

Septième principe :

 

La pauvreté n’est pas infâmante. (Elle doit être combattue mais la première insulte faîte au citoyen démuni, c’est le statut d’impur, de maudit qui lui sera attribué. Un pauvre est un être humain, un citoyen et on doit lui réserver un asile sacré).   

 

Huitième principe :

 

On ne peut détruire la nature au profit de l’environnement.

 

Neuvième principe :

 

Il y a au moins quatre temps contradictoires (le temps linéaire, le temps cyclique, le Kairos (temps du surgissement improbable et le temps que l’on ne connaît pas).

 

Dixième principe :

 

On ne peut rien enseigner qu’on ne puisse en même temps démontrer.

 

Onzième principe :

 

Le doute public n’est pas un moyen mais une fin.

 

Douzième principe : il faut toujours poser et maintenir la question : à quoi bon ce changement.

 

Treizième principe :

 

La pérennité et la pluralité ne peuvent survivre séparée.

 

Quatorzième principe :

 

Les processus d’individuation et d’appartenance doivent être maintenus dans un juste équilibre.

 

Quinzième principe :

 

Nature et culture doivent être maintenues dans un juste équilibre.

 

Seizième principe :

Le respect de la liberté individuelle est une aventure collective nécessaire.

 

Dix-septième principe :

 

La possibilité de la fraternité est une aventure toujours à la fois collective et individuelle et qui doit être toujours possible.

 

Dix-huitième principe :

 

L’égalité est inaliénable en ce qui concerne les actes de la république. (Elle n’entrave en rien les libertés contrairement à ce qui est trop souvent asséné. Dans les sociétés amérindiennes pratiquant la prestation sociale totale…).

 

Dix-neuvième principe :

 

La sécurité est une affaire externe. La surveillance de chacun par tous est à proscrire. (L’insécurité, ou le sentiment d’insécurité est la marque vivante de l’effondrement de la communauté. Elle ne suscite plus ni respect, ni appartenance, ni affection, ni obéissance. Ce serait donc renforcer son effondrement que de palier son manque de légitimité par l’usage d’une force illégitime).

 

Vingtième principe :

 

La république n’est pas limitée dans l’espace.

 

Vingt et unième principe :

 

L’intégration à la République se fait à la majorité, par adhésion et soumissions aux lois de la République, et engagement à participer à la perpétuelle élaboration de la loi. Pour se faire exclure de la République, il faut réunir un conseil de citoyens (un nombre impair) qui votera l’exclusion ou le refus de l’exclusion. Il reviendra à celui ou celle qui souhaite quitter la République de convaincre.

 

Vingt deuxième principe :

 

Les citoyens ont le droit de se démettre de leur propre liberté mais s’ils en viennent à ce renoncement alors l’état doit être considéré comme effondré, la constitution redevient une page blanche et toutes les constructions politiques concurrentes seront considérées comme légitimes.

 

Vingt troisième principe  (je n’y arrive pas, ce problème est particulièrement ardu) :

 

La société est un système de solidarité. Quiconque contrevient au droit s’expose à la vengeance du droit, tout ceci pour éviter la guérilla de chacun contre tous. Cette vengeance doit être parfaitement limitée. Deux cas de figure peuvent survenir.

 

Soit, le criminel renonce à ses droits civiques et choisit l’exil. Il s’expose alors à la vengeance de la société civile lors de son déplacement vers les frontières. La vengeance peut dans ce cas s’exprimer hors du droit et sera toujours considérée comme légitime.

 

 

Soit, le criminel choisit de s’exposer à la vengeance publique. Il conserve alors ces droits. On ne peut attenter à son corps. L’enfermement est envisageable mais il n’est pas nécessaire, il peut être choisi volontairement par les condamnés. Il serait bon que les citoyens payent le prix de leur vengeance en assurant eux-mêmes l’application de la peine. Les peines consisteront dans la réalisation gratuite de travaux d’intérêts collectifs d’une durée variable et d’une pénibilité variable.  Dans deux cas, le meurtre et le viol, l’enfermement sera non négociable, mais pourra toujours être changé en exil, si le criminel est prêt à prendre le risque de traverser le territoire commun en étant à la fois reconnu coupable et dénué de droit civique.

 

 

Salut et joie,

 

Paris, le 07 janvier 2010,

Alexandre Duclos.

 

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