Europa Linka

17 avril, 2009

-Salut ma hargne

Classé dans : — europalinka @ 4:38

Victory over violence

 

Les présentes réflexions sur la violence sont nées dans un contexte quil convient de relater. Hier soir, devisant avec un ami dans un café québécois, nous fûmes abordés par un grand bonhomme, sans âge, la verve folle alternativement anglaise et française, et dont le décousu faisait fuir les clients alentours. Après nous avoir raconté ses rencontres divines, ses incarcérations, ses illuminations en chiffre, il nous livra le secret de ses jours : victory over violence. Il avait visiblement traversé toutes les misères pour venir délivrer ce message. Le VOV semblait dans sa bouche un sigle franc-maçon puissant et mystérieux. Cest par ailleurs le nom de petites associations mais notre illuminé ne nous parlait pas de ça. Ces mots magiques délivrés dans un souffle délirant sont un gouffre. Or un gouffre mérite toujours un détour.

Doit-on renoncer à la violence? La question n’est pas facile. La non-violence est-elle laboutissement de la civilisation? Si cest le cas, la France, lAngleterre, la Grèce et bien dautres pays qui usent de la violence policière affirmant que la sécurité est la première des libertés sont des nids de barbarie, voire le lieu dune régression sauvage. Les récents sommets du G20 et de lOTAN illustrèrent bien ce point. Des manifestants caillassés, gazés, frappés. Un passant londonien Ian Tomlinson en est même mort. Point nest besoin de nous étendre sur ce point. Je ne parviens pas à me représenter un moment dans lhistoire offrant une telle disproportion de puissance entre les forces armées (policière ou militaire) et la foule. Certes, il y a un écart technique, cailloux, cocktails Molotov, barres de fer contre canons à eau, lacrymogènes, Flashball, Tazer, arme à feu, chiens (et bien plus encore si larmée se joint à leffort répressif). Mais lessentiel nest pas là. La foule est désarmée politiquement. Lorsque trois millions de personnes manifestent dans toute la France, personne nimagine que cette foule tente de prendre le pouvoir. Les énormes déploiements policiers sont là pour décourager les foules, protéger les magasins et produire quelques images télévisées pour discriminer les manifestant. Ces manifestants sont pourtant des milliers de fois plus nombreux que la cinquantaine de barbudos qui parvinrent après deux ans de lutte dans la Sierra Maestra à abattre le régime de Batista. Mais ils ne sont armés ni matériellement, ni idéologiquement. Bref, elle a massivement, en tant que foule, renoncé à la violence. Le v.o.v à mis au pas l’inconscient collectif de la foule française. Elle a renoncé.

Doit-on renoncer à la violence ? Ou plutôt doit-on y renoncer lorsque le rapport de force nous est si objectivement défavorable, dans un aveu d’impuissance ou par stratagème ? Doit-on y renoncer les premiers, individuellement ou collectivement ? Doit-on subir par principe la violence de l’autre sans y répondre ? Toutes ces questions sont oiseuses, demandez aux palestiniens… Il suffit d’être le plus fort pour que la violence change de nom et se nomme violence légitime ou plus simplement sécurité. Comment rendre efficace son insoumission face à un pouvoir, injuste, aveugle et sourd ? Comment être non violent sans être un collabo, résistant sans être terroriste, efficace sans être aussi abjecte que l’adversaire? Je n’ai pas de réponse à ces questions mais je les garde dans ma gibecière car je rentre bientôt vivre en France. Or le droit y est aujourd’hui molesté, l’égalité y est une bonne blague pour riche, l’autoritarisme y sévit, les libertés individuelles y sont bafoués, les droits de l’homme y sont réservés aux individus possédants un passeport, si possible blancs, riches et de sexe masculin…Donc ses questions se posent et se gardent au chaud.

La leçon que voulait peut-être me donner ce vieux fou rencontré hier, c’est que la non-violence peut donner à l’action politique une dignité, un éclat et une force hors du commun en engageant l’idée de renoncement et de sacrifice. Le vieux fou n’avait probablement pas tout à fait tort mais en ce qui me concerne, il ne l’emportera pas en paradis. En guise de clin d’œil au vieux bonhomme, je lui renvoie le sort d’une violence infinie que la belle Lady L réserva à son amant une fois devenue duchesse.

Wladimir Masgourian.

Entre deux océans, le 17 avril 2009.

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Les cadavres de communards côtoient ici, pour les besoins de la cause, le mahatma Gandhi.

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